Consommer moins, point.

Par Stéphanie Deslauriers.

Je suis en train de lire « Cessez d’être parfait, soyez vous-même » de la docteure américaine en travail social, Brené Brown. J’ai découvert cette chercheuse via son populaire TED Talk : « The power of vulnerability » où elle parle de la vulnérabilité non pas comme d’une faiblesse ou d’un point à améliorer, mais comme la façon dont ont les gens heureux de vivre leur vie : en se montrant vulnérables, en ÉTANT vulnérables, vrais et authentiques. Ils prennent le risque d’être qui ils sont vraiment. Ils prennent le risque de se faire rejeter pour qui ils sont. De se faire dire « non », d’échouer, de se faire rejeter. Mais ils préfèrent continuer d’avoir le courage d’être qui ils sont vraiment, ce qui les amènent à être aimés véritablement aussi.

Bref, dans le livre en question, l’auteure parle de l’addiction : aux drogues, au jeu, à l’alcool mais également au magasinage, au comfort food, au travail et à l’aide apportée aux autres.

Ouaip, on peut être accro à sa job mais aussi au sentiment qui monte en nous quand on aide, quand on se sent utile, important, altruiste.

J’ai eu une pensée pour toutes mes consoeurs et confrères intervenant(e)s en arrêt de maladie, en épuisement professionnel, en burnout.

Pour mon moi de 26 – VINGT-SIX!!! – ans qui était en surmenage. Je commençais à peine ma carrière que déjà, j’étais sur le cul.

Parce que oui, venir en aide aux autres peut permettre d’engourdir ses propres soucis, nous empêcher de nous regarder le nombril puis de se fixer dans le miroir en toute vulnérabilité pour se dire : « Ouais. Quelque chose ne va pas. ».

Bon, il y a un système de santé et de services sociaux qui est malade, aussi. C’est une réalité à ne pas négliger quand on regarde le nombre de professionnels du domaine à boutte. Mais ça, c’est un autre dossier.

J’ai aussi constaté à quel point j’étais accro au magasinage. En fait, je l’ai toujours su et ça n’a jamais été un grave problème : pas de marge de crédit ni de carte de crédit loadée. Mais.

Magasiner permet de remplir un vide, provoque unedécharge d’endorphines – éphémère – lorsqu’on se procure ZE truc en solde, par exemple. Et on en a besoin de plus, plus souvent.

L’an dernier, j’ai commencé à acheter usagé. C’est bon pour l’environnement et mon portefeuille, après tout! Oui, mais…

Mais je le fais plus pour me déculpabiliser. « Ça a pas coûté cher! » « C’est du recyclage! » Oui à ces deux affirmations mais. Au fond de moi, je sais bien que ça répond à un autre besoin.

Bref, ce constat m’a donné envie de me lancer un défi personnel : ne rien acheter dont je n’ai pas besoin pendant 30 jours. Suivant un peu le même principe de février sans alcool (bon, OK, février dure 28, 29 jours max), je m’essaie.

D’ailleurs, en février dernier, je me disais que ce n’était aucunement un défi pour moi de ne pas boire une goutte d’alcool pendant tout un mois. Ça m’arrive souvent de passer 30 jours, voire plus, sans consommer. Mais pour le magasinage, par exemple…

Faque, qui embarque?

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Pourquoi avoir choisi le privé ?

Par Stéphanie Deslauriers.

Pourquoi avoir choisi le privé, en psychoéducation ?

C’est la question que j’ai posée à deux collègues psychoéducatrices (parce qu’il y a statistiquement plus de femmes dans notre domaine et parce qu’encore une très petite proportion de notre magnifique profession exerce au privé (moins de 5%).

Voici ce qu’elles avaient à dire :

Isabelle Cyr :

« Pouvoir diminuer mon sentiment d’impuissance que me fait vivre le public. De devoir sans cesse restreindre mes interventions, faire des priorisations cruelles, être confrontée à des directives politiques auxquelles je n’adhère pas, qui vont à l’encontre de mes principes. Laisser de côté la prévention, les pratiques probantes en dépit de l’urgence (créée par une mauvaise gestion de personnel, de budget et d’orgueil) Être la marionnette, celle qui fait face aux parents, en leur disant que je ne peux pas les soutenir, pour cause de mauvaises décisions des hautes sphères (évidemment, ça, je ne peux pas le dire).

Ne pas être utilisée pour mon plein potentiel pour des raisons administratives ou de bonne figure. Considérant répondre à la bureaucratie mal gérée et non au service du jeune.

Un beau mélange de ces facteurs qui font que j’ai envie de faire une différence autrement. Me sentant ainsi plus productive, ayant plus d’impact.”

Eve Anabelle Saintonge :

« 1- la diversité des mandats. Se surprendre à développer de nouvelles habiletés et intérêts que je n’aurais pas l’occasion de faire dans d’autres contextes.

2- la flexibilité des mandats. On peut ainsi utiliser plus de créativité.
3- la conciliation travail-famille. Allô la vie! »

Il m’arrive d’entendre qu’être travailleur autonome quand on est un professionnel des services sociaux, c’est être égoïste. Pourtant, je ne lis pas d’égoïsme, tel qu’on le définit de manière populiste, dans ces deux réponses. Ni en ces deux personnes.

Parce qu’une personne dans ce domaine devrait avoir la vocation, vouloir donner sans compter, sans vouloir recevoir. Hum, oui, c’est en partie vrai. Si on n’aime pas donner, on ne s’oriente pas vers la psychoéducation (ou toute autre profession en services sociaux). Mais, comme n’importe qui, on a des comptes à payer. Hydro, internet, le cellulaire, le loyer/l’hypothèque, l’auto/les assurances qui viennent avec/la passe de bus, l’épicerie, etc.

Ça serait chouette, pouvoir offrir gratuitement son aide quand bon nous semble ET ne pas avoir de souci financier. Mais ce n’est pas la réalité.

Aussi, on a une vision très péjorative de l’égoïsme. Être égoïste est la meilleure façon d’être ensuite altruiste (tsé, une des grandes qualités requises pour être en relation d’aide). Il faut être en mesure de se donner, de se sentir bien avec soi, de trouver un équilibre dans sa vie pour pouvoir être un modèle de ce qu’on prône auprès des usagers et avoir une santé mentale assez solide pour recevoir leur souffrance, leur détresse sans la porter sur nos épaules, prendre du recul pour être en mesure de les guider vers leur mieux-être.

Alors, si c’est égoïste de vouloir gérer son horaire, sa charge de travail, son environnement de travail parce que ça permet d’être ensuite un meilleur intervenant (on est tellement notre propre outil de travail), eh ben, je suis méga égoïste.

En tant qu’outil de travail, on nous rappelle sans cesse un des schèmes relationnels psychoéducatifs : la congruence. Très personnellement, je serais très incongruente de continuer à travailler pour une organisation que je considère malade et qui me rendrait potentiellement tout aussi malade.

En voyant « pousser comme des champignons » les compagnies privées de services sociaux, il faudrait peut-être se questionner sur le fonctionnement actuel de notre système de santé ; cela permettrait de mettre en lumière ce qui pousse de plus en plus de professionnels qualifiés à aller s’épanouir ailleurs.

Car des professionnels (donc, universitaires, ayant minimalement un désir de performance, de dépassement de soi) cherchent à se réinventer, à se sentir stimulés, valorisés, compétents, efficaces. Sentiments que plusieurs d’entre eux ne ressentent plus dans le système public, en raison des coupures incessantes, de la pression de « performer » (voir le plus de clients possibles eu une journée, statistiques quantitatives à l’appui, en faisant fi de l’aspect qualitatif (qui EST notre travail…tsé, la relation d’aide et l’alliance thérapeutique, là ?) et du bien-être des travailleurs). « Mais non, les coupures n’affectent pas les services aux usagers ! ».

Parce que des employés partis en maladie, jamais remplacés, ça n’affecte pas la qualité des services ? Son accessibilité ? Soit je n’ai rien compris en mathématiques, soit on essaie de nous en passer une p’tite vite.