Mes filles, mon miroir?

Par Ariane Mimeault.

Constater qu’on a transmis nos travers, nos bibittes à nos enfants est déstabilisant. On se dit « Merde, mais qu’est-ce que j’ai fait? » et on aimerait bien trouver la machine à remonter le temps pour corriger la situation. Mais non, on n’a pas de deuxième chance quand on élève un enfant. Pire, on n’a pas de manuel d’instructions ni de cours préparatoires. On apprend sur le tas, avec le lot d’essais-erreurs que ça comporte. Et parfois, on se trompe sans le réaliser sur le coup, parce qu’on n’est pas parfait, qu’on fait de son mieux et qu’on n’a pas de boule de cristal pour prédire comment telle intervention affectera la psyché de notre enfant.

Mes filles ont 11 ans et 15 ans et je me rends compte de plus en plus souvent à quel point elles ont intégré, malgré moi, certaines de mes réactions pas toujours glorieuses face à divers obligations ou évènements. Par exemple, je n’aime pas magasiner, mais vraiment pas. Je l’ai maintes fois formulé en leur présence, en arpentant les allées du centre commercial à la recherche d’une xième paire de mitaines ou DU t-shirt blanc exigé en éduc. Je n’aurais pas dû.

J’aurais dû refouler mon agacement, ne pas l’exprimer devant elles, faire mon devoir de parent responsable sans chigner. Car de ces séances de magasinage-bougonnage, elles ont gardé une aversion pour les centres d’achats. Sauf que lorsque tes souliers ne te font plus, il faut bien aller en acheter des plus grands! Une sortie qui se transforme littéralement en corvée pour mes filles, assortie de l’humeur qui vient avec.

Si je pouvais recommencer ce petit bout de leur éducation, je le ferais. Même chose pour l’organisation de fêtes d’enfants qui ne m’enchante pas, la cuisine que je n’aime pas trop faire, la chaleur que je supporte mal, etc. Avoir su que mes filles enregistreraient ça sur leur disque dur au point de reproduire mes comportements, j’aurais fait plus attention. Elles n’ont pas à vivre les mêmes frustrations, inconforts, malaises que leur mère.

Petite consolation, elles n’ont pas pris que mes mauvais plis! Quand j’entends ma grande s’emporter face à une injustice ou ma plus jeune s’inquiéter du bien-être de tout un chacun, je me dis que j’ai quand même fait une pas pire job. Mais de constater à quel point j’influence mes enfants, sans en être toujours consciente, me fera davantage tourner la langue sept fois avant d’ouvrir la bouche quand elles sont là.

Les enfants apprennent beaucoup par imitation à ce qu’il paraît. Plus tôt on le réalise, plus on leur permettra de grandir libres de nos défaillances.

Émancipation des pères

Par Eve Anabelle Saintonge.

Les publicités québécoises sont reconnues pour avoir des saveurs particulièrement féministes. Avez-vous remarqué que souvent, la femme est celle qui a toujours raison et l’homme… Le tata?! Selon mon vocabulaire, je n’adjectiverais pas ces pubs comme féministes, mais plutôt comme sexistes. Le féminisme cherche l’égalité des sexes et non de rabaisser l’un pour faire remonter l’autre.

Depuis que je suis une maman d’une petite fille, je suis hypersensible à la réalité des femmes. J’ai compris que ce combat ne peut se faire de la part d’un seul sexe, mais bien des deux. Pendant mes longues réflexions, j’ai réalisé qu’il existe une révolution bien tranquille et qui manque de reconnaissance. Je vous parle de l’émancipation des pères.

Émancipation. n. f. Action de s’affranchir d’un lien, d’une entrave, d’un état de dépendance, d’une domination ou d’un préjugé. Dictionnaire Larousse

Préjugé. Oui, des préjugés envers les pères il y en a trop. Les préjugés sont des jugements formés à l’avance selon des critères personnels ou sociaux envers des personnes. À force d’entendre des publicités où les hommes sont décrits comme des tatas, des niaiseux ou des bons à rien, nous nous trouvons parfois à généraliser ce portrait à d’autres domaines de la masculinité, dont la paternité.

La fameuse phrase « (…) au moins il joue avec ses enfants » a été pendant une période de temps un statut de louanges pour les pères, mais il est devenu une insulte pour plusieurs d’entre eux de nos jours.

Les pères sont maintenant plus impliqués que jamais auprès de leurs enfants. Ils sont parfois ceux qui désirent davantage vivre la parentalité dans le couple. Ils peuvent être les premiers assis à l’avant posant le plus de questions pendant les cours prénataux et les groupes d’habiletés parentales. Sans oublier qu’ils changent les couches, donne le biberon ou encourage la mère en souffrance lors de l’allaitement. N’oublions pas qu’il y a des pères qui souhaiteraient eux aussi avoir la garde à temps plein de l’enfant, mais que le système est en général favorable aux mères. Ainsi donc, ils doivent se battre plus pour les mêmes reconnaissances parentales que celles-ci. Ou ils sont souvent moins informés que les mères puisque les intervenants ou les professionnels s’impliquent prioritairement auprès des mères.

De nos jours, les pères participent autant que les mères au développement de l’enfant. Cette émancipation n’est que bénéfique pour nos enfants, nos familles et notre société.

Les pères participent au développement de la sécurité émotionnelle des enfants, de la confiance en soi pour explorer l’environnement et à leur santé en général. À l’adolescence, un père présent influence les relations envers l’autorité et l’autre sexe en plus de contribuer au succès académique.

Devant ce très court bilan des effets bénéfiques de la présence des pères chez les enfants qui se répercutent jusqu’à l’âge adulte, mes questions restent les suivantes.

Est-ce que les mères ralentissent cette émancipation? Laissent-elles la chance aux pères de rassurer leur enfant lorsqu’il est en détresse ? L’opinion des pères est-il aussi valable que celui des mères ? Est-ce qu’elles leur laissent l’espace de se découvrir ou plutôt de s’émanciper?

La vérité est qu’une mère et un père font les choses différemment. Mais, différemment est-il moins bon? Bien au contraire! N’est-ce pas un fondement de l’émancipation des femmes, qu’elles sont toutes aussi qualifiées et compétentes que les hommes ? Alors, les pères sont-ils aussi qualifiés que les mères pour prendre en charge le rôle de parent auprès de l’enfant ?

Cessons nos commentaires sexistes et laissons tomber les préjugés. Encourageons proactivement les pères à continuer leur révolution tranquille et leur émancipation.

N.B. Nous remercions haut et fort l’effort des Restaurants McDonald© pour ses publicités #paparfait à la fin de l’année 2016.

Acheter la paix

Par Eve Anabelle Saintonge.

La vie de parents est exigeante émotionnellement, psychologiquement et physiquement – je ne vous annonce rien! Que nous soyons pères ou mères ou que nous tentions de combler les deux rôles en même temps, la quête de l’équilibre et du bien-être nous semble une aventure sans fin. Vous reconnaissez très bien la routine dodo-céréales-crise de pleurs-s’habiller-garderie/école-métro-boulot-garderie/école-souper-dégâts-chicanes-bain-dodo-pipi-verre d’eau-réveille(s)-dodo et on recommence. L’équation se multiplie sans qu’on ait réalisé qu’il peut y avoir autant de variables.

Pour trouver cet équilibre qui nous maintient confortables dans la jonglerie de tous les rôles que nous jouons, nous développons nos stratégies pour arriver aux fins de nos longues listes de tâches (et d’activités plaisantes, il ne faut pas les oublier).

Crédit photo – Pixabay

Crédit photo – Pixabay

Une de ces superbes stratégies, et probablement la préférée de votre enfant, Le Téléphone! Cet appareil extra-intelligent qui nous surpasse, mais que nos enfants réussissent a devancé les meilleurs hackers en technologie !

De prime abord, ce naïf appareil transportable semble sans préoccupations. Au contraire, il nous permet d’entretenir une vraie conversation d’adulte pendant plus de 2 minutes. Il désamorce les crises de larmes en public. Il est le meilleur partenaire contre la montre lorsque l’épicerie fermera d’ici peu et qu’on doit courir à un souper de fête. Il nous donne cette pause de 5 minutes (ou plus) de calme pour reprendre notre souffle. Bref, nous avons chacun notre moment où nous pourrions décerner le prix Nobel de la Paix familiale à cet écran tactile si aimé.

Or, quand cet appareil devient le nouveau membre de la famille permanent et qu’il n’est plus un outil de rescousse, mais une habitude pour maintenir la paix, nous commençons à perdre le contrôle.

Observez comment les téléphones fleurissent et abondent dans les mains des enfants et des bambins. En fait, je vous partage une préoccupation en tant que psychoéducatrice. Le téléphone est un bon outil lorsqu’il est utilisé dans un contexte structuré. Par contre, même les meilleures applications éducatives ne pourront jamais égaler les situations que la vie nous permet, en tant que parent, d’enseigner à notre enfant.

Au lieu de donner le téléphone à l’épicerie ou dans l’auto ou au restaurant, nous pouvons utiliser ces moments propices pour enseigner dès un jeune âge des nouvelles connaissances.

Reconnaître des objets- Où sont les céréales ? Quelle couleur est la boîte?

Apprendre les règles sociales – Qu’est-ce qui est attendu de nous maintenant ? On doit attendre en file pour passer à la caisse. Comprendre le moment et la manière de saluer la serveuse. Comment demander de l’aide. Comment pratiquer la politesse. Comment avoir du plaisir ensemble sans technologie.

Apprendre à gérer l’argent- Pourquoi nous achetons cette boîte et pas l’autre?

Il est également possible d’utiliser les mauvais ou bons comportements des autres enfants pour aider le nôtre à mieux comprendre ce qui est attendu de lui (Mon préféré, utiliser les autres enfants pour que ma fille reste assise dans le panier !!!!). Bref, j’en passe!

Je crois que le défi le plus difficile que nous avons en tant que parents est de devoir changer nous-mêmes pour que notre enfant apprenne les comportements que l’on désire qu’il ait. Nous sommes les meilleurs modèles pour eux et la maison est le centre des apprentissages fondamentaux. Ne léguons pas ce privilège aux écrans, à Internet ou à la société. Notre quotidien est riche en opportunités éducatives et ludiques. Nous pouvons changer notre perception des situations à risques explosifs à une perception de situations à potentiel éducatif et ludique.

Nos enfants comprennent plus que nous croyons et sont de grands observateurs et récepteurs. Laissons-les nous surprendre. Laissons-les nous rendre fiers. Assumons que nous sommes plus intéressants que les écrans !

Et si on écoutait, tout simplement ?

Par Marie-Hélène Chalifour. 

Pendant le congé des Fêtes, j’ai visionné le documentaire « Pas facile d’être mère » de Sophie Lambert. Elle recueille les propos de mamans qui ont vécu une grande désillusion de la maternité lorsqu’elles sont devenues mère pour la première fois. J’ai été très touchée par l’authenticité et la vulnérabilité de ces mamans. Pour être honnête, je me suis reconnue lors de certains passages…Mon chum était aussi dans le salon lorsque j’ai visionné le documentaire. À la fin, il m’a dit : « On dirait que tu n’es pas toute seule à te poser toutes ces questions… ». Alléluia! Il venait de comprendre que je n’étais pas un être à part avec mes inquiétudes et mes questionnements, mais tout simplement une MAMAN, avec tout ce qui vient avec. Comme le résume si bien Bianca Gervais dans le reportage lorsqu’elle parle du « clash » de la maternité : « […] c’est le plus beau qui côtoie, je trouve, le plus difficile, et puis tu valses vraiment entre les deux ».

Je constate que de plus en plus de mamans se permettent de nommer ces moments plus difficiles de la maternité, notamment sur le web via de nombreux blogues. Et tant mieux. J’ai par contre l’impression de devoir assumer fois mille nos propos, car la rétroaction que nous pouvons recevoir des internautes est parfois peu nuancée, malheureusement. Il est facile de se sentir totalement inadéquate. Comme le dit Fanny Britt dans ce documentaire : « Il faudrait plus de solidarité sur les réseaux sociaux, des femmes solidaires et libérées de l’égo de compétition. ».

Et dans « la vraie vie », ose-t-on dire à notre mère que l’on a besoin d’aide parce qu’on est épuisée ? À nos amies, que l’on a arrêté d’allaiter parce qu’on en avait juste plus envie, tout simplement ? À notre belle-mère, que l’on a recours aux services d’une femme de ménage, même si on est en « congé » de maternité, parce que l’on a décidé de prioriser autre chose ? Pourquoi donc a-t-on parfois tant de difficultés à s’écouter, à s’assumer et à se faire confiance dans nos décisions ? Je sais, de multiples facteurs peuvent en être à l’origine. J’ai envie de vous en parler d’un seul…l’écoute. Et là, je m’adresse aux personnes qui ont la chance de recevoir les confidences d’une maman. Écouter, juste écouter. C’est un concept qui semble si simple. Écouter sans donner de conseil, sans se comparer et sans juger, c’est un art. Malgré toutes nos bonnes intentions, on peut le faire sans même s’en rendre compte. Et oui, il peut être difficile d’accueillir un déversement d’émotions d’une personne qu’on aime. En disant peu, on a l’impression de la laisser en plan. Et pourtant…un poème de Virgina Satir :

« Mais lorsque tu acceptes comme un simple fait
Que je sente ce que je sens,
Aussi irrationnel que ce soit,
Alors je peux cesser de vouloir te convaincre,
Et travailler à comprendre ce qui se passe en moi. »

Maintenant, je vais m’adresser à notre belle communauté de mamans. Pouvoir échanger entre nous est très important et très précieux. D’entendre que d’autres femmes comme moi ont vécu ou vivent actuellement la même chose que moi fait du bien. Parler du difficile, mais aussi du doux et du beau, ne permet pas seulement de « jaser ». Cela nous rassure, nous fait réfléchir, nous outille, nous donne de l’espoir et nous rappelle comment on les aime dont nos enfants. Que l’on est chanceux de pouvoir les accompagner dans leur cheminement vers la vie adulte et par le fait même, de nous faire grandir comme humain. Pour ressortir « nourrie » de ce temps entre mamans, il est important d’éprouver de l’amour et du respect pour soi d’abord, et pour les femmes comme nous ensuite…

Si vous désirez visionner le documentaire, il est accessible via internet jusqu’au 3 février 2017.

Raconte-moi une histoire

Par Laure Rollier.

Avez-vous des rituels du coucher chez vous? Chez nous, outre le bisou, le pipi, le verre d’eau, dans l’ordre ou le désordre, aucun enfant ne se couche sans avoir lu. Je vous entends déjà dire « encore faudrait-il qu’il sache lire, le dit-enfant! », un point pour vous. Ceci dit, j’ai toujours considéré le fait d’écouter une histoire étant tout petit comme un premier pas vers la lecture.

On voit bien lorsque l’on se pose dans un endroit calme avec un bébé et un livre, que l’on capte immédiatement l’attention de celui-ci. Le bébé est dans l’oral durant les premières années de sa vie. La voix de sa maman est son point de repère. Le tout-petit est d’autant plus intrigué lorsque son parent raconte une histoire car il perçoit les changements de ton et se rend compte qu’il se joue un lien entre ce qu’il entend et ce que l’adulte lui transmet à travers cet objet un peu étrange. Les bébés sont extrêmement curieux et avides de nouveautés. Lorsque vous lirez une histoire courte à votre bout de chou, observez le. C’est étonnant.

15219464_1032260566897323_8843289470355328062_nLorsque je lis une histoire avec mes enfants, j’ai l’impression d’entrer dans un monde qui n’appartient qu’à nous, c’est un moment particulier et privilégié aussi. C’est aussi drôle de découvrir que l’enfant, parfois, perçoit le texte d’une manière totalement différente de la notre ( et donc a priori de l’auteur), on entre à petits pas dans son monde imaginaire. Moi, je me souviens de mes livres d’enfant, je revois encore la couverture, les illustrations, je suis sûre que vous aussi, non?

Ouvrir un livre c’est ouvrir une bulle qui peut nous transporter où nous le souhaitons. Faire ce voyage avec son enfant, c’est encore plus exaltant. Les années passent et certains livres sont plus abimés que d’autres, certains n’auront jamais quitté l’étagère, dur pour l’album en question qui n’aura pas séduit et ni participé au développement des gouts de son hôte.

Un jour, on se retrouve à passer la tête dans l’entrebâillement de la porte pour surprendre celui qui dévore Game of Thrones et celle qui vide la bibliothèque Rose. Et on repart sur la pointe des pieds. Pour ne pas troubler le petit lecteur, qui, le temps de quelques mots couchés sur du papier, vit des aventures qu’il n’oubliera jamais.