Choisir, c’est renoncer

Par Stéphanie Deslauriers.

Faire des choix, dire « non », devoir refuser de superbes offres…

Tout ceci a toujours été un défi pour moi.

La raison est simple : j’aime tout! J’aime toucher à tout, essayer, me diversifier, être stimulée. Ça me prend ça pour m’épanouir professionnellement.

Crédit photo : Pixabay

Même personnellement, dernièrement, j’ai dû faire des choix : dire à une nouvelle copine que je ne pourrais pas la soutenir émotionnellement autant qu’elle le souhaiterait pour cause de « j’ai besoin de préserver mes petites réserves d’énergie et ma santé mentale » avec toutes les belles choses qu’on vit et qui s’en viennent pour notre famille, annuler à la dernière minute une activité avec des amies d’enfance car la fatigue était trop présente, ne pas pouvoir assister à une pièce de théâtre pour laquelle j’avais des billets depuis longtemps pour la même raison que la situation précédente et j’en passe.

« Choisir, c’est renoncer », dit-on. Une amie a remanié cette célèbre citation qui va comme suit : « Choisir, c’est faire le deuil de l’option qu’on n’a pas choisie ».

C’est d’accepter de ne pas savoir ce qui serait advenu si on avait pris tel chemin plutôt qu’un autre. C’est laisser aller avec le plus de paix possible.

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J’apprends encore (et probablement pour un méchant bout!) cet aspect de paix dans le fait de choisir.

J’ai plutôt tendance à lutter jusqu’à ce que ça ne fonctionne plus du tout et que là, je doive absolument prendre une décision. « Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise. », disait Jean Monnet.

Dire que je me reconnais totalement dans cette citation serait un euphémisme!

Et je sais que je suis loin d’être la seule, forcément. On doit souvent se rendre au bout, au fond des choses avant de réaliser que…non. Ça ne marche pas. Ça n’a pas de sens ainsi. Qu’il faut arrêter, changer, alléger notre horaire pour notre bien-être. Se casser le nez même si parfois (souvent), on l’a vu venir à 100 miles à l’heure. Comme si on se sentait coupable d’arrêter avant que tout s’effondre. Comme si c’était une preuve de lâcheté, de faiblesse. « Ben non, je suis capable! Encore un p’tit coup et je vais y arriver! » Mais parfois, « le p’tit coup », ça fait des années qu’on le donne. Et que par le fait même, on n’arrive pas à prendre le temps d’apprécier ce qu’on a, là, là. De s’y investir pleinement, d’arrêter de courir à en perdre le souffle. On cherche toujours plus loin, plus haut, ailleurs, d’un coup qu’on passerait à côté d’une super opportunité.

Mais peut-être qu’à force de courir, on passe à côté de ce qui est déjà là, à nos côtés, en nous.

(Ré)apprenons à savourer. À vivre dans l’ici, maintenant.

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Outrepasser ses compétences

Par Stéphanie Deslauriers.

Une des grandes forces que devrait détenir tous les professionnels confondus est, selon moi, l’humilité.

Dire : « Je ne sais pas, je vais vérifier et vous reviendrai avec une réponse », plutôt que d’inventer une réponse pour apaiser, voire alimenter son égo.

Référer à un autre professionnel – qu’il fasse partie de la même discipline que soi ou non – lorsqu’on sent que la demande et les besoins de la personne devant nous dépassent nos compétences.

Éviter de se prononcer sur un sujet qu’on ne maitrise pas (ou pas suffisamment).

Avouer avoir fait une erreur.

S’excuser.

Chercher à réparer son erreur.

Bref, se montrer imparfait. Humain et forcément, vulnérable.

Nous sommes un modèle pour les personnes en demande d’aide : un modèle d’imperfection. Nous travaillons AVEC eux – et non pas POUR eux ou à LEUR PLACE.

Image prise sur le site pixabay.com

Nous leur demandons authenticité, véracité et confiance afin qu’ils partagent une part de leur intimité, de leurs souffrances ainsi que de leurs limites. Il est donc en notre devoir de se montrer tout autant authentique. Carl Rogers, un psychologue américain né dans les années 1900 disait : « Une relation authentique n’est possible que lorsque deux authenticités se rencontrent ». Voilà la base de l’humanisme, de l’empathie et de l’acceptation inconditionnelle, tous nécessaires à l’établissement d’une relation de confiance solide en contexte d’intervention.

Récemment, j’ai été témoin directement et indirectement de situations ébranlantes.

De membres d’ordres et d’associations professionnels qui ont outrepassé leur champ de compétences.

Dans un cas, l’un prétendait pouvoir guérir la dépression de son patient en changeant son alimentation et en l’invitant à cesser sa médication alors qu’il vivait une grande période de changements et de stress (et que son psychiatre et son médecin traitant depuis les 30 dernières années lui recommandaient plutôt d’attendre de vivre une période plus stable dans sa vie).

Dans l’autre, l’une regardait de manière emplie de jugement une usagère en raison de sa prise de médication en l’invitant à la cesser du jour au lendemain sans connaître son dossier médical ni l’usagère plus qu’il ne le fallait, par le fait même.

Des soupirs, des regards de biais, des commentaires acerbes visiblement ravalés à la dernière minute ont été effectués par un autre membre d’une association professionnelle, encore sans connaître en profondeur la personne venue demander de l’aide ni son historique médical et psychologique.

Un autre a exprimé vivement son désaccord en lien avec la prise de médication de type « anti-inflammatoire » à une patiente visiblement en douleur, clamant que cela traumatisait son système et qu’elle devrait arrêter sur-le-champ.

Image prise sur le site pixabay.com

Ces situations m’ont été rapportées et / ou vécues. Dans chacun de ces cas, aucun des professionnels consultés n’avait une formation adéquate pour se prononcer sur ce sur quoi ils l’ont fait, les conseils étaient non sollicités et le fait de les suivre aurait pu causer de graves torts aux patients. Bref, les usagers n’allaient pas les voir pour leur parler de médication et leur poser des questions à cet effet mais ont dû le faire en complétant le bilan de santé en début de suivi.

On peut avoir des croyances et des valeurs – évidemment! – mais en aucun cas, on ne devrait les imposer à qui que ce soit, surtout pas aux personnes vulnérables qui viennent consulter. Jamais. Surtout lorsqu’on se prononce sur un sujet sur lequel on n’a pas de formation suffisante, reconnue ou adéquate. C’est un manque de jugement, de professionnalisme et d’humilité.

Parlons de ce que nous connaissons et laissons le reste aux personnes qualifiées, pour le bien-être de tous.

Si vous vous êtes sentis lésés dans une relation professionnelle, saviez-vous que vous pouvez vous adresser à l’ordre professionnel ou à l’association professionnelle de la personne consultée afin de faire une plainte?

Faire ce qui nous plait vraiment

Par Marie-Noëlle Gysel.

En 2017, il est possible d’exercer à peu près toute activité qui nous intéresse.

Voyager est devenu très accessible, les domaines d’études sont variés et disponibles, on peut aisément apprendre une nouvelle langue, effectuer des sports d’hiver, s’adonner à la photographie ou au jardinage, s’inscrire à un cours de danse, de peinture, de yoga, et j’en passe.

Dans un monde où toutes sortes d’avenues sont possibles, il n’est pas toujours facile de faire un choix de loisirs en fonction de nos intérêts personnels. On peut s’occuper à tellement de choses différentes, qu’il est parfois difficile de s’y retrouver, et encore moins d’assumer les choix que l’on fait.

Car ce qui est le plus dur, ce n’est pas de cibler ce qu’on aimerait faire, mais bien de l’assumer complètement. De faire un choix pour nous-mêmes, pour notre bien-être, et non pour les autres. Pas toujours facile, à l’ère des réseaux sociaux et du règne des apparences, où il semble particulièrement important de s’intéresser à tout : s’entraîner, cuisiner, voyager, confectionner toutes sortes de choses, s’exprimer par l’art…

Il semble parfois qu’une règle non-écrite guide notre société, mentionnant que si l’on ne fait pas un peu de tout cela, nous ne sommes pas des êtres complètement épanouis. Triste, comme règle. Et surtout, tant de pression que cela ajoute, sans qu’on s’en rende compte, dans nos vies.

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Il est tellement dommage de voir des gens se sentir mal de faire telle chose plutôt qu’une autre, ou se sentir coupable de ne pas essayer cette activité que tout son entourage semble pratiquer. On oublie parfois qu’au fond, ce que chacun fait dans ses moments de temps libres, c’est lui qui le fait, c’est lui qui le vit. Ce ne sont ni ses collègues de travail, ni ses amis, ni ses voisins. Pourquoi alors s’en faire autant avec ce que les autres pensent? Pourquoi essayer une activité qui ne nous attire pas tant que ça, mais que « tout le monde » fait? Pourquoi laisser de côté notre petite voix intérieure, qui nous dicte ce dont on a réellement envie, pour occuper notre journée de congé? C’est samedi et il fait beau, mais tu as envie de rester tranquille chez toi, dans ton divan? Alors vas-y, si cela te permet de te sentir bien et d’être satisfait de ta journée. Tu préfères lire plutôt que d’aller t’entrainer? Parfait. Tu préfères tricoter plutôt que de regarder les séries en vogue sur Netflix? Merveilleux. Tu préfères un vendredi soir relax à la maison plutôt que d’aller prendre un verre dans un bar? Pourquoi pas! Tu n’aimes pas te faire de smoothies ni manger des chips de kale? N’en fais pas!

L’important doit demeurer, dans tous les cas, que l’on fasse ce qu’on veut pour nous, parce qu’on en a envie, parce que ça nous fait du bien. C’est tout. Peu importe ce qu’on mettra sur Instagram ou ce qu’on racontera à nos collègues de travail lundi matin. Parce que si on fait ce dont on a envie, peu importe ce que c’est, on aura du plaisir à le raconter, à s’en souvenir, et ce sera parfait.

Écouter son cœur, passer du bon temps et faire ce qui nous plait, pour nous, simplement. Voilà ce qui devrait réellement nous guider dans nos choix.

Tu seras une championne!

Par Laure Rollier.

Ne met-on pas trop de pression sur les épaules de nos enfants? La quasi unanimité des parents et professeurs interrogés répondent par l’affirmative à cette question.

En effet, nous vivons dans une société où le plus important s’avère être la réussite socio-professionnelle. Les parents inculquent à leurs enfants, parfois sans le vouloir, le culte de la réussite, du dépassement de soi, du travail acharné.

Dès lors que l’enfant devient élève, ses parents n’ont de cesse de le pousser, de contrôler, de comparer même. S’il est important de suivre la scolarité de nos petits, il est tout aussi primordial de leur apprendre à se tromper, se détendre, mais également, prendre du temps pour eux-mêmes.

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À peine, le tout-petit entré à l’école, il importe de lui proposer une activité extra-scolaire. Comme si le simple fait de devoir faire ses premiers pas dans l’institution n’était pas suffisamment déroutant. Un élève de maternelle a souvent un emploi du temps surchargé entre école, cantine, garderie. Les activités extra-scolaires doivent rester adaptées à son rythme mais surtout à ses goûts. Jérôme, papa de Julian, 9 ans, explique: « Je fais du rugby depuis le plus jeune âge, il me paraissait normal d’y inscrire mon fils lorsqu’il a eu six ans. Cela s’est révélé être une grosse erreur! Julian a certainement voulu me faire plaisir en se montrant tout d’abord enjoué. Son entraineur m’a rapidement alerté sur le fait que mon fils n’était pas fait pour cela, qu’il n’était pas « moi »! Depuis, Julian fait du tennis et se régale dans ce sport. »

Cela ne concerne pas uniquement le contexte familial, nous rencontrons parfois, en tant que parent, des difficultés face à un professeur, un éducateur sportif, un coach qui ne se rend pas forcément compte qu’il interagit avec un enfant. Annie, maman de Victor, 18 ans et Luna, 13 ans, raconte: « Ma fille a intégré l’équipe de handball académique dès son entrée au collège. Ses professeurs de sport étaient dithyrambiques sur les capacités de cette équipe à gagner tous les tournois régionaux. Ils prenaient les filles hors temps scolaires pour les préparer, bref, elles avaient déjà tout gagné avant même d’avoir participé! Lorsque la date fatidique est arrivée, une de leur camarade n’était pas en forme, aussi les filles ont échoué car cela leur a complètement fait perdre leurs moyens. Imaginez la réaction de gosses de 13 ans; elles ont fini en larmes et se sont disputées entre elles! » L’histoire pourrait s’arrêter là, sauf que la mère de famille, amère, ajoute: « La pire réaction, selon moi, aura été celle de leurs profs qui ont été très durs avec les adolescentes, leur reprochant leur attitude puérile et non sportive! À quoi s’attendaient-ils ayant passé des semaines à leur promettre le trophée? »

Les enfants ne sont pas des « mini-adultes », ils n’ont pas la même façon d’appréhender le monde que nous, ils n’en tirent pas les mêmes leçons, mais ils ont surtout bien le temps d’entrer en compétition avec le monde extérieur.

Écrire : une chance?

Par Stéphanie Deslauriers.

En promenant Toutou l’autre matin, je croise un de mes voisins qui fait la même chose. « Argh, je dois me rendre au centre-ville ce matin et y va avoir du trafic », qu’il me dit, après que je l’ai abordé d’un contemplatif : « Aahh…il fait tellement beau, ce matin… ».

Il s’est empressé d’ajouter : « Toi, tu dois être en vacances pour dire ça? ».

N’oui. En fait, je passe mon été à écrire mon prochain livre, que je lui explique.

Je n’ai pas fini ma phrase que je vois son visage changer.

« Aaah ouin… », qu’il lâche, l’air de dire que OUI, je suis en vacances car écrire, c’est tellement pas un vrai métier, surtout. Et travailler de la maison en linge mou implique assurément que…je sais pas. Je sais pas du tout ce que ça implique, en fait. J’aime juste ça être en linge mou.

On se laisse immédiatement après cette courte interaction, où il me rappelle que LUI, il doit aller affronter le trafic.

Bon.

Est-ce que je suis chanceuse de travailler de la maison? Est-ce qu’il est malchanceux d’avoir une job au centre-ville?

N’oui.

Je suis chanceuse pour plein de choses, dans la vie. Chanceuse…

  • d’être née dans une époque où je n’ai pas à travailler dans une shop 14h par jour à partir de l’âge de trois ans
  • d’être née dans un pays favorisé
  • d’avoir pu fréquenté les meilleures écoles publiques en raison de mon lieu d’habitation (en raison du revenu de mes parents)
  • d’avoir reçu le soutien financier de mes parents pour mes études supérieures
  • …et probablement pour plein d’autres affaires que je ne réalise pas ou que je ne sais juste pas.

Et j’en suis très, très reconnaissante. Vraiment.

Mais j’ai aussi travaillé très fort lorsque j’allais dans les meilleures écoles publiques de la province. Quand je suis arrivée à l’Université. Quand j’ai fait le choix de travailler 15-20h par semaine en même temps de suivre 15h de cours et de faire 15-20h de stage. De mettre sur pied ce blogue que vous êtes en train de lire (merci, en passant) en entamant ma maitrise. Quand j’ai presque fait dans mes culottes en postant mon tout premier manuscrit aux maisons d’éditions en me disant : « On verra » (manuscrit que j’avais écrit, tsé). Bref, je pourrais continuer ainsi encore et encore. Je sais, je suis une travaillante.

Et écrire, c’est probablement le métier le plus difficile dans tous ceux que je fais (chargée de cours à l’Université, formatrice, psychoéducatrice, blogueuse, etc.). C’est de l’écriture, de la lecture, de la réécriture, des modifications, des commentaires de l’éditrice, des commentaires de la réviseure, de la réécriture encore, des modifications encore. Jusqu’à sa sortie où pas grand-monde se déplacera à ton lancement parce qu’il y en a tellement d’autres évènements auxquels assister exactement au même moment. Ou pas tant de gens te liront, parce qu’il y a tellement d’autres livres sur les tablettes. Et c’est correct, là. Je me plains pas de ça. Je fais juste dire que c’est dur, écrire. Et que oui, c’est un métier. Une vocation, même.

Alors, si ma vocation me permet, entre juin et fin août, de travailler de la maison en linge mou, entre mes angoisses, mes inquiétudes et mes élans, eh bien, soit! C’est un choix que j’ai fait, une option que j’ai eu la chance d’avoir…et que j’ai prise. Et ça, j’en suis franchement reconnaissante.