« Exprimez-vous »

Par Stéphanie Deslauriers.

Sur Facebook, avant d’écrire une publication, il est inscrit en gris : « Exprimez-vous ».

C’est ce que plusieurs font; ils s’expriment à propos d’une vidéo de chats, ils s’expriment en partageant leur joie de « tomber » en vacances, ils expriment leurs inquiétudes en lien avec une situation sociale, ils expriment leur reconnaissance envers des copains passés à la maison la veille.

Certains et certaines s’expriment à propos de sujets plus controversés : la religion, le sexe, les sexes, l’immigration, l’inclusion sociale/scolaire, la politique, etc.

Pourquoi ces sujets sont-ils plus controversés? Parce qu’ils ne font pas l’unanimité, parce qu’ils éveillent des sensibilités en nous, parce qu’ils touchent directement nos valeurs et croyances fondamentales en plus de titiller nos peurs viscérales.

La peur. Cette émotion universelle, normale, saine. Cette émotion qui permet depuis des milliers d’années la survie de l’espèce en nous poussant à fuir ou à combattre.

L’anxiété prend racines dans la peur. L’anxiété, c’est lorsque la peur prend toute la place, lorsqu’elle est causée par un danger imaginaire ou réel qu’on croit ne pouvoir affronter. On se sent impuissants, petits, en perte de contrôle, affolés.

Et sentir qu’on perd le contrôle dans un monde archi-organisé, c’est angoissant. C’est donc dire que ça rajoute une couche à la peur initiale ressentie.

On peut avoir peur d’une multitude de choses : du noir, des Noirs, des araignées, des chiens, des humains, de la différence, de l’inconnu, des inconnus, des gais, de l’abandon, de la honte, du mépris, de la fin du monde, du monde pas fin, de l’avenir, du passé qui nous hante, des transgenres, de soi, etc.

La peur en soi n’est pas négative; c’est la façon qu’on a de l’exprimer et de la gérer qui peut l’être.

L’inconnu, l’incompréhension, ça fait peur. Mais que fait-on avec cette peur? On la garde pour soi? On l’alimente en s’alliant à des gens qui partagent les mêmes peur que nous? On la corumine avec eux? On la garroche en plein face de ceux qui nous la font ressentir? De ceux qui ne la ressentent pas dans une tentative désespérée de les contaminer avec la nôtre? On gueule sur ceux qui ne voient pas le danger là où nous on le voit, sans tenter de comprendre pourquoi eux n’ont pas peur? Sans tenter de cesser d’avoir peur en essayer de comprendre notre incompréhensible?

On a peur de ce qu’on ne connaît pas. De ce qu’on ne comprend pas. Mais il semble que peu tentent de comprendre, de voir plus loin que leur peur. Que beaucoup justifient leurs faits et gestes par la peur (oh! Sans la nommer ainsi, évidemment; c’est bien connu que « la peur, c’est pour les faibles ».) voire même excusent également les autres (qui ont les mêmes peurs qu’eux, évidemment).

La peur, ça mène à construire des murs, à isoler, à déclarer la guerre, à se boucher les oreilles et à se convaincre qu’on a raison. Ça rassure, avoir raison.

Et ceci, on l’observe à l’échelle mondiale mais à l’échelle personnelle, aussi.

Dernièrement, plusieurs copines et collègues ont annoncé cesser leurs activités de partage d’opinions car elles reçoivent trop de commentaires haineux, sur la place publique ou en privé. Parce qu’elles constatent que le débat n’arrive pas à se faire dans le respect de l’autre.

Oui, exprimons-nous, mais pas n’importe comment. Avec respect – de soi et de l’autre. En tentant de comprendre le point de vue de l’autre, en acceptant qu’on n’a pas la vérité absolue (non, notre vérité n’est pas forcément celle de l’autre. C’est ce qu’on appelle l’empathie).

Après tout, on est aussi des modèles pour nos jeunes à qui on somme de « bien se comporter » sur les réseaux sociaux et « dans la vraie vie » sans qu’en tant qu’adultes, on y arrive.

L’intimidation en milieu de travail

Par Stéphanie Deslauriers.

Personne n’est à l’abri de l’intimidation, pas même les adultes.

L’intimidation est un phénomène bien réel, qu’on a peut-être un peu trop galvaudé dans les dernières années à mauvais escient. Elle existe également dans le monde des adultes, ces ex-enfants qui n’ont pas tous appris; pas appris comment s’exprimer, s’affirmer, se faire respecter, respecter les autres, gérer leurs émotions et leur émotivité, prendre du recul pour éviter de (sur)réagir.

Voici l’histoire d’une femme, maman de deux enfants.

Ceci se déroule dans un département de ressources humaines. Une employée qui se fait dénigrer, de manière répétée, par sa supérieure.

Qui se fait crier après au téléphone, se fait écrire des courriels en CAPSLOCK, sans plus de cérémonie. Se fait interpeller devant les autres employés pour se faire critiquer.

Après des mois à tenter de calmer le jeu – cette femme a de belles aptitudes communicationnelles et relationnelles, elle veut que l’ambiance dans son milieu de travail en ressources humaines soit agréable, elle a des bibittes personnelles qui font en sorte qu’elle a en horreur les conflits, qu’elle tend à se remettre (trop) rapidement en question lorsqu’autrui est mécontent, elle a le dos large, du haut de ses 105 livres et 5 pieds 2 pouces – elle rapporte finalement la situation à la personne responsable.

Après des mois à se faire raviver ses craintes d’être « pas assez », incompétente, trouble maker, après des mois à craindre toute interaction avec sa supérieure immédiate, elle craque. C’est son médecin qui l’a dit, qui l’a arrêtée de travailler. « Pendant ces semaines d’arrêt, la personne en charge pourra faire son enquête et apporter les modifications nécessaires à un milieu de travail sain et harmonieux », se dit-elle.

Pourtant.

À son retour au travail, les employés l’ignorent. Elle n’existe plus.

Elle ne se fait pas demander comment elle va, comment s’est passé ses dernières semaines. Rien.

Quand elle réintègre son bureau, sa supérieure immédiate est encore là. Elle est encore sa supérieure immédiate. Et elle est en furie que son employée se soit plaint d’elle. Elle lui en fait baver. La regarde à peine en lui parlant d’un ton méprisant. Lui donne des tâches peu gratifiantes (voire insignifiantes).

Lorsqu’elle va voir la personne qui était responsable de son dossier, elle se fait répondre bêtement que non, elle n’a pas eu le temps de mener l’enquête et d’apporter des changements et qu’elle devra vivre avec. Après tout, c’est une grande fille. En RH, en plus. Elle a de bonnes aptitudes relationnelles.

Elle (en)dure une semaine ainsi. Avant de re-craquer. Parce que c’est exactement ça l’objectif : la faire craquer, la faire payer, lui faire sentir que c’est une moins que rien.

Parce que c’est exactement ça, l’intimidation. Qu’on soit enfants ou pas. Faites attention à vous. Ceci vous permettra de faire davantage attention aux autres, également. Dénoncez ce genre de situations, que vous en soyez victime ou témoin. Personne n’a à vivre cela.

Cette femme a dû faire une plainte aux normes du travail. Elle est bouleversée, ne se voyant pas comme une « employée à problèmes ». Son estime de soi est bien faible présentement et elle s’apprête à mener un combat énergivore, alors qu’elle s’est fait vider de toute son énergie. Bon courage dans ces démarches.

mo_9782760411593Pour votre information : mon prochain livre portera sur ce sujet. « Jeux d’enfants? L’heure juste sur l’intimidation » est un essai qui paraitra en février chez Stanké.

Les risques du métier

Il y a un an, j’ai été agressée.

Dans un endroit que je connaissais bien, où j’étais confortable; mon milieu de travail. C’était pendant le jour, pas longtemps après le lunch. Tout semblait normal. Je pensais même être en train de faire quelque chose de bien. Je savais ce que j’étais en train de faire. J’étais en contrôle.

Mais, mon client m’a agressée.

Imprévisibilité. Humiliation. Impuissance. Vulnérabilité. Panique. Peur. Incompétence. Culpabilité. Incapacité. Perte de contrôle. Détresse.

Détresse psychologique.

Je n’avais pas de marques Pas de blessures visibles.

Mais Mme Saintonge, c’est normal dans votre travail. Vous travaillez avec des personnes à risque. Ce n’est pas si pire que ça hein?!, dixit le docteur de l’employeur.

Vraiment?

Parce que maintenant ça fait un an. Après en avoir jasé avec mes collègues, mes supérieurs, les ressources humaines, le médecin de la clinique sans rendez-vous (parce que mon médecin de famille est pas facilement accessible – ça vous sonne une cloche?), le médecin de l’employeur, la CSST, le réviseur à la CSST, le représentant syndical et l’avocat pour la Commission des lésions professionnelles, ben j’ai encore la patate qui claque que je repense à l’Événement.

Le Stress post-traumatique. Ça ne laisse pas de traces visibles, mais la détresse reste longtemps. Les bruits, les ressemblances visuelles, l’heure, les odeurs, les souvenirs, les endroits, ben c’est comme le revivre à chaque fois. Et encore, devoir le raconter 100000 fois, c’est encore pire. Pis moi, j’étais tannée de l’expliquer, de le revivre, de le repleurer. Mon mari était tanné aussi. Il se sentait pas mal impuissant. Il ne pouvait pas me protéger, ni me défendre.

Mais je m’étais promis une chose. Je ne serai pas une victime.

J’allais me battre jusqu’à ce que le mal que j’ai eu me rende plus forte.

Un an plus tard, je réalise que la douleur est encore là. Que c’est encore fragile, sensible, mais pas pour en pleurer.

L’Événement fait maintenant partie de l’histoire de moi. Il a participé au développement de moi-même, mais positivement.

Je ne suis pas une victime, je suis forte, parce que j’ai décidé de l’être.

Mon choix m’a sauvée.

 

L’intimidation : Prise 8 537

Vous êtes tannés d’en entendre parler, de l’intimidation?

Eh bien moi aussi; je suis tannée d’entendre parler de la démonisation des agresseurs, de la victimisation des victimes. Tannée que l’on propage l’idée que tout est noir ou tout est blanc.

J’en ai assez que l’on croit à tort qu’il ne faille que punir les agresseurs, les suspendre, les faire changer d’école et point à la ligne.

J’en ai assez que l’on croit à tort que les interventions ne devraient cibler que les personnes impliquées dans une situation d’intimidation spécifique.

Faites une recension rapide; même pas besoin d’aller sur les moteurs de recherche universitaires. Allez sur Statistiques Canada, tapez « intimidation » et vous verrez plusieurs articles qui abordent le sujet.

Leur dénominateur commun : les approches punitives sont contre-productives. Tenez, je vous en nomme un autre : les interventions qui ne visent que les personnes impliquées dans une situation d’intimidation sont inefficaces.

Cessons de véhiculer l’idée que les agresseurs sont les gros méchants loups et inspirons-nous des propos d’élèves lorsqu’ils nomment, lors de mes passages dans leurs classes pour que l’on parle de cette réalité, que « les intimidateurs sont malheureux » ou encore, qu’ils « ne vont pas bien ». Pourtant, il me semble entendre un tout autre discours dans les médias.

En effet, les agresseurs souffrent. Ils souffrent de ne pas savoir comment se faire accepter autrement qu’en effrayant les autres. Ils n’ont pas compris la nuance entre « se faire respecter » et « se faire craindre ». Ils ont souvent une très faible estime d’eux-mêmes. Surprenant, vous dites? Autrement, comment se ferait-il qu’ils utiliseraient le dénigrement, l’acharnement, les paroles blessantes, les coups, l’exclusion sociale pour penser qu’ils sont quelqu’un, qu’ils existent tellement fort, parce qu’ils envahissent les pensées de la victime?

Et les témoins aussi, souffrent. Parce qu’ils n’osent pas dénoncer. Parce qu’ils veulent être acceptés par l’agresseur à tout prix. Parce qu’ils ne veulent pas subir, eux aussi, le traitement que l’agresseur réserve à ses victimes. Alors, ils se taisent. Ils se torturent, souvent. N’osent pas en parler, pas même à leurs parents. Parfois, pas même à leurs meilleurs amis; ils ont peur que ces derniers rient d’eux, se moquent, le disent à l’agresseur.

Et les victimes aussi, souffrent. Elles souffraient parfois bien avant que l’intimidation ne commence. Elles souffraient de manquer d’habiletés sociales, de leurs différences. Autrement, pourquoi cela les atteindrait tant, de se faire pointer leurs différences? Pourquoi est-ce que, malgré que je mesurais 5 pieds 6 en 6e année et que je dépassais tout le monde d’une tête et qu’ainsi, j’étais différente, je me faisais accepter? Alors qu’une autre élève de ma classe avait exactement la même taille que moi, sauf qu’elle en souffrait, courbait son dos pour paraitre plus petite et ainsi, se faisait ridiculiser par les autres? Comment se fait-il que je m’affirmais et qu’ainsi, les quelques personnes ayant tenté de me lancer des railleries ont rapidement arrêté alors que pour elle, ce fût incessant pendant plusieurs années? Le besoin des victimes est d’apprendre à s’affirmer. Seulement, pour s’affirmer, il faut se faire confiance. Il faut avoir une estime de soi positive. Que les victimes n’avaient souvent pas bien avant les actes d’intimidation et que ces actes ont évidemment maintenu et aggravé cette faible estime de soi, il va sans dire.

On n’a jamais parlé autant d’intimidation; seulement, où se trouvent les spécialistes? Les psychoéducateurs, les travailleurs sociaux, les psychologues, les éducateurs spécialisés qui travaillent dans les milieux scolaires? Les chercheurs universitaires qui ont développé des programmes de prévention (je pense ici à Pierrette Verlaan, entre autres, qui a développé un programme extraordinaire : « L’agression indirecte, cette violence que l’on ne voit pas »)? Ils sont sur le terrain, en train d’essayer de rétablir les faits, d’intervenir adéquatement, de faire de la prévention.

On a cependant plusieurs personnes de milieux autres qui se prononcent; tant mieux, l’intimidation touche les gens et ces derniers ont envie de s’exprimer à cet effet. Je n’ai aucun problème avec cette démarche. Seulement, là où ça me dérange, c’est lorsque l’on véhicule des faussetés à propos de l’intimidation, lorsque l’on tente de dénigrer les agresseurs; je vous rappelle, ils n’ont pas une estime de soi très élevée, eux non plus. Vous les imaginez, devant leur écran d’ordinateur, en train de visionner un clip tourné par une vedette qu’ils aiment en train de les traiter de « loser »? Pas aidant trop, trop pour l’estime de soi, laissez-moi vous dire.

Et que sait-on, de ces agresseurs? Peut-être vivent-ils de la négligence, de l’abus psychologique, physique, voire sexuel à la maison? Peut-être ont-ils déjà été une victime d’intimidation au primaire et, rendus au secondaire, ils décident que ça ne se passera pas ainsi pour les 5 prochaines années et, maladroitement, ils décident de plutôt tenir le rôle de l’agresseur. Pour se faire respecter, croient-ils. Parce que ça marche, ont-ils pu observer pendant 7 longues années de primaire (oui oui, 7 ans; incluez la maternelle dans votre calcul).

Vous me direz : « Ben là, fais pas aux autres ce que tu ne veux pas te faire faire! ». Ouais. Plus facile à proclamer qu’à faire. Quand tu as appris que dans la vie, si tu ne domines pas, tu es dominé (par tes parents, par exemple et ce, de manière abusive, j’entends), tu tends à recréer ce type de relation. Surtout quand tu es enfant ou ado. Et même parfois quand on est adulte (on peut tous ici prendre un moment pour se regarder aller, dans la vie, et constater qu’on a intégré énormément de choses dans notre enfance et que, dans des contextes différents, on les reproduit à l’âge adulte. J’appelle ça « nos bibittes personnelles »).

Tout n’est pas noir, tout n’est pas blanc. La vie n’est que nuance.

L’Homme n’est pas tout bon ou tout mauvais; il a été bon, il l’est encore momentanément, dans certains contextes de sa vie; il est souffrance mais ne sait comment l’exprimer adéquatement; il a besoin de contrôle, parce qu’il sent que sa vie lui échappe totalement. L’Homme souffre parfois de la souffrance des autres, surtout lorsque cette souffrance leur est dirigée en pleine gueule.

Apprenons donc à nos enfants (et quand je dis « nos », je parle des enfants dans un contexte de société…je ne vise pas que les parents, que les éducateurs, que les enseignants…mais tout ceux-là à la fois et même bien plus!) qu’ils sont aimables, en les aimant; qu’ils peuvent réussir, en les encourageant et en les félicitant; qu’ils méritent le respect, en les respectant, en leur apprenant à l’affirmation positive de soi; prévenons, faisons de la promotion des relations saines aux autres, certes, mais à soi-même pour débuter.

Puis, mettons en place des stratégies préventives, qui concernent les enfants dans les écoles, les membres du personnel et les parents. Soyons alertes, ayant l’oeil ouverts, connaissons les stratégies d’intervention adéquates, qui font sentir les victimes en sécurité, qui leur permette de faire des apprentissages aux plans de l’estime de soi et des habiletés sociales; qui font aident les agresseurs à développer de l’empathie, à développer des stratégies autres pour s’affirmer, se « faire respecter »; aux témoins à se résigner, à dénoncer, à ne pas craindre, à faire confiance aux adultes. La lutte contre l’intimidation se doit d’être une action concertée, cohérente, qui vise tout le monde.

Éventuellement, cette mobilisation permettra d’élever des générations dans des valeurs de respect d’autrui et de soi et ainsi, on arrivera peut-être (un peu) à bout de l’intimidation dans les milieux de travail, chez les adultes.

-Stéphanie Deslauriers

L’intimidation, c’est l’affaire de tous. Même de Guillaume.

Guillaume est un adulte de 25 ans qui, comme moi, est très sensibilisé au sujet de l’intimidation.
Par ailleurs, il s’est impliqué dans le contexte de la fondation Jasmin Roy.
Il reste à l’affût des mouvements qui débutent à propos des sujets qui l’interpellent comme l’intimidation et la violence faite aux enfants.
Il a mille et un projets, peut-être même mille et deux. Il réussit à motiver les gens autour de lui, à solliciter les individus qui partagent des passions communes. C’est qu’il fait ses recherches, Guillaume! Et ses devoirs aussi. Il relance, persiste, redonne signe de vie, n’hésite pas à foncer, à poser des questions, à repartir avec des réponses.
Il a ce que peu détiennent : la passion, l’espoir, la détermination.
J’ai eu le privilège d’être témoin, via des échanges de courriels et un appel téléphonique, de cette passion, de cet espoir, de cette détermination. En fait, c’est que Guillaume, suite à mon passage à J.E., m’a retracée et m’a contactée pour me manifester son appréciation de mon témoignage et pour me parler avec intensité de ce qu’il avait ressenti en voyant ce que les victimes vivent. Puis, il m’a joint un poème qu’il a composé, puis récité pour la fondation Jasmin Roy.
Ah oui! Guillaume est Asperger. Mais il est surtout un jeune homme, un passionné, un intense, un mobilisé, un être humain. Avec un diagnostic d’Asperger.

Depuis le début des classes, tu as un très étrange comportement

Tu as un problème immense mais tu n’en parles pas ouvertement

Et ce que tu vis, je sais que c’est pour toi difficile et bien souffrant

Alors aujourd’hui, dévoile la vérité, arrête de garder ça en dedans

Cette année, tu n’as pas énormément d’amis, tout va mal pour toi

Aux récréations, tu es dans ton petit coin, dans un sombre endroit

Personne ne va te voir, les gens t’oublient et te dévisagent parfois

Et vers l’heure du dîner, tu restes tout seul, c’est loin d’être la joie

Quand tu approches de ton casier, tu entends insultes et niaiseries

Beaucoup de jeunes se joignent ensemble, ils t’embêtent et rient

Tu souffres en silence souvent et tu dors extrêmement mal la nuit

Car pour toi, retourner à l’école le lendemain est un très gros défi

Tu as essayé à maintes reprises de parler avec ceux qui t’achalent

En leur disant assez souvent qu’ils font preuve de violence verbale

Mais pour eux, blesser les autres est une chose comique et normale

Tellement qu’ils continuent à t’effrayer, à rire de toi et te faire mal

Tôt ou tard, tu devras prendre une assez grande et pénible décision

Celle de raconter à tes professeurs que tu es victime d’intimidation

Alors te vider le cœur le plus rapidement possible serait la solution

Si tu souhaites un jour te débarrasser de cette désagréable situation

N’hésite jamais de demander au directeur de ton école d’intervenir

Si les jeunes ne cessent pas et que tu veux véritablement t’en sortir

Alors essaie, reste très courageux et je te promets que tu vas réussir

Et après, tu pourras enfin retrouver la confiance en toi et le sourire

En conclusion, marche la tête haute même quand tu te fais insulter

Dans ton entourage, bien des gens t’estiment, cours vite les trouver

Et pour plaire aux autres, reste aimable, conserve toutes tes qualités

Mais si quelqu’un rit de toi, reste poli mais n’hésite pas à t’affirmer

Guillaume Bertrand