Et si on écoutait, tout simplement ?

Par Marie-Hélène Chalifour. 

Pendant le congé des Fêtes, j’ai visionné le documentaire « Pas facile d’être mère » de Sophie Lambert. Elle recueille les propos de mamans qui ont vécu une grande désillusion de la maternité lorsqu’elles sont devenues mère pour la première fois. J’ai été très touchée par l’authenticité et la vulnérabilité de ces mamans. Pour être honnête, je me suis reconnue lors de certains passages…Mon chum était aussi dans le salon lorsque j’ai visionné le documentaire. À la fin, il m’a dit : « On dirait que tu n’es pas toute seule à te poser toutes ces questions… ». Alléluia! Il venait de comprendre que je n’étais pas un être à part avec mes inquiétudes et mes questionnements, mais tout simplement une MAMAN, avec tout ce qui vient avec. Comme le résume si bien Bianca Gervais dans le reportage lorsqu’elle parle du « clash » de la maternité : « […] c’est le plus beau qui côtoie, je trouve, le plus difficile, et puis tu valses vraiment entre les deux ».

Je constate que de plus en plus de mamans se permettent de nommer ces moments plus difficiles de la maternité, notamment sur le web via de nombreux blogues. Et tant mieux. J’ai par contre l’impression de devoir assumer fois mille nos propos, car la rétroaction que nous pouvons recevoir des internautes est parfois peu nuancée, malheureusement. Il est facile de se sentir totalement inadéquate. Comme le dit Fanny Britt dans ce documentaire : « Il faudrait plus de solidarité sur les réseaux sociaux, des femmes solidaires et libérées de l’égo de compétition. ».

Et dans « la vraie vie », ose-t-on dire à notre mère que l’on a besoin d’aide parce qu’on est épuisée ? À nos amies, que l’on a arrêté d’allaiter parce qu’on en avait juste plus envie, tout simplement ? À notre belle-mère, que l’on a recours aux services d’une femme de ménage, même si on est en « congé » de maternité, parce que l’on a décidé de prioriser autre chose ? Pourquoi donc a-t-on parfois tant de difficultés à s’écouter, à s’assumer et à se faire confiance dans nos décisions ? Je sais, de multiples facteurs peuvent en être à l’origine. J’ai envie de vous en parler d’un seul…l’écoute. Et là, je m’adresse aux personnes qui ont la chance de recevoir les confidences d’une maman. Écouter, juste écouter. C’est un concept qui semble si simple. Écouter sans donner de conseil, sans se comparer et sans juger, c’est un art. Malgré toutes nos bonnes intentions, on peut le faire sans même s’en rendre compte. Et oui, il peut être difficile d’accueillir un déversement d’émotions d’une personne qu’on aime. En disant peu, on a l’impression de la laisser en plan. Et pourtant…un poème de Virgina Satir :

« Mais lorsque tu acceptes comme un simple fait
Que je sente ce que je sens,
Aussi irrationnel que ce soit,
Alors je peux cesser de vouloir te convaincre,
Et travailler à comprendre ce qui se passe en moi. »

Maintenant, je vais m’adresser à notre belle communauté de mamans. Pouvoir échanger entre nous est très important et très précieux. D’entendre que d’autres femmes comme moi ont vécu ou vivent actuellement la même chose que moi fait du bien. Parler du difficile, mais aussi du doux et du beau, ne permet pas seulement de « jaser ». Cela nous rassure, nous fait réfléchir, nous outille, nous donne de l’espoir et nous rappelle comment on les aime dont nos enfants. Que l’on est chanceux de pouvoir les accompagner dans leur cheminement vers la vie adulte et par le fait même, de nous faire grandir comme humain. Pour ressortir « nourrie » de ce temps entre mamans, il est important d’éprouver de l’amour et du respect pour soi d’abord, et pour les femmes comme nous ensuite…

Si vous désirez visionner le documentaire, il est accessible via internet jusqu’au 3 février 2017.

C’est arrivé… Et je n’ai rien fait.

Par Dïana Bélice.

Avant tout chose, je souhaiterais dire que je comprends. Ceux et celles qui ont de la difficulté à passer le pas. Lorsqu’il s’agit de dénoncer une agression de nature sexuelle, je veux dire. Je comprends. Parce que c’est arrivé, sous mes yeux, et je n’ai rien fait.

On en parle beaucoup ces dernières semaines. Pourtant, les agressions sexuelles sont le lot de tous les jours, de bien des gens, n’importe où, n’importe quand. Avant d’aller plus loin, je crois qu’il est toujours pertinent de définir les choses. On en entend de toutes les sortes, on n’est jamais certain de ce que c’est, exactement. Car peut-être que c’est arrivé à toi qui lit ces lignes et que tu ne t’en es même pas rendu compte. Probablement parce que tu pensais que c’était banal. Mais ça ne l’est pas.

« Une agression sexuelle est un geste à caractère sexuel, avec ou sans contact physique, commis par un individu sans le consentement de la personne visée […] Il s’agit d’un acte visant à assujettir une autre personne à ses propres désirs par un abus de pouvoir, par l’utilisation de la force ou de la contrainte, ou sous la menace implicite ou explicite.[1] »

 

  • OK, mais les gestes, concrètement, c’est quoi ? Ça peut être un baiser, se faire pogner une fesse dans un couloir. Ça fait tourner le petit hamster dans ta tête ? Ça me fait le même effet…

Bon. Maintenant qu’on sait tous de quoi on parle, j’en viens au sujet tristement principal de ce texte…

Je me trouvais sur le quai d’une station de métro de Montréal et j’attendais que le wagon s’avance sur la rame. En zieutant les alentours, je les ai vus. Cette fille de 15 ans, je dirais, acculée à un mur. Et devant elle, un garçon. Le même âge, environ, les mains appuyées de part et d’autre de sa tête. Il essayait sans cesse de l’embrasser. Elle repoussait assidûment ses avances. Elle n’en voulait pas, de son baiser. Mais il a insisté en attrapant sa mâchoire entre ses doigts avant de plaquer ses lèvres sur les siennes… Puis il l’a fait une, puis deux fois. Elle était de glace.

Un sentiment de dégoût s’est répandu dans mon cœur et mon estomac s’est garni de peur. J’étais vissée sur place, mais j’avais envie de bouger. De tasser ce gars à coups de pied au derrière. Il savait qu’il agissait mal, parce qu’il checkait autour de lui, voire si quelqu’un remarquait son agression publique. C’est là que nos regards se sont accrochés. La mâchoire serrée, j’ai tenté de lui transmettre toute la haine que j’avais pour ses gestes.

Je me suis demandé : si j’avais réagi autrement, que se serait-il passé ? Aurais-je eu l’appui d’un passant ? Me serais-je fait traiter de drama queen ou de féministe frustrée ? Me serais-je fait dire de me mêler de mes affaires ?

Insère ici le plus long soupir de la Terre.

Toutes ces questions ne sont TELLEMENT PAS LÉGITIMES ! Tout ce qui aurait dû m’importer, c’est de venir en aide à cette ado. Sans avoir peur des possibles, de ce que les autres pourraient penser.

Entre autres à cause de cette culture du viol qui domine dans notre société et nous fait croire que la violence sexuelle est acceptable et insignifiante, je suis restée de marbre.

Imagine ce qu’il en est pour la victime.

14925764_955669767899840_933985456820426547_nAujourd’hui, je me retrouve avec des regrets. Celui de ne pas avoir agi. De ne pas avoir fait en sorte que cette ado ne se sente pas seule.

Je m’en veux. Beaucoup. Donc je comprends. Je comprends un petit peu ce que vivent les victimes dans une société comme la nôtre même si dans le fond, on ne devrait pas se sentir comme ça…

[1] http://www.agressionssexuelles.gouv.qc.ca/fr/mieux-comprendre/

Est-ce que je passe assez de temps avec mon enfant?

Par Marie-Hélène Chalifour.

On est tous d’accord pour se dire qu’il est important, voire nécessaire, de passer du temps avec notre enfant. Avec notre rythme de vie parfois un peu fou, vous est-il déjà arrivé de vous demander comment vous alliez faire pour ajouter un moment de jeu à l’horaire ? Il n’est pas rare de lire que la qualité prime sur la quantité. Explorons ensemble cette affirmation.

D’abord, qu’est-ce qui fait qu’un moment parent-enfant est considéré comme « nourrissant » ? Parfois, on peut passer une journée complète avec nos enfants autour de nous et réaliser, à la fin de la journée, qu’on a été plus le gestionnaire de la journée et de nos pensées que d’être « connecté » à lui. On peut aussi faire le parallèle avec une soirée passée en compagnie de notre conjoint(e). On a beau vivre dans la même maison, on peut facilement être « près » l’un de l’autre (sur nos tablettes, devant la télévision), mais n’avoir aucune idée de ce qui se passe pour lui à la fin de la soirée. La composante physiologique est un bon repère pour savoir si notre moment avec notre enfant nous a permis de se sentir nourris, heureux et comblés. En effet, ces moments chargent notre organisme d’ocytocine, une hormone qui détend et donne une sensation de sécurité et de bonheur (Filliozat, 2011).

Image tirée de la collection personnelle de l'auteure. Merci de ne pas télécharger cette image.

Image tirée de la collection personnelle de l’auteure. Merci de ne pas télécharger cette image.

Si l’on revient à notre affirmation du départ, oui la qualité de ces précieux moments passés avec nos enfants est importante. Pourquoi ? Chaque personne a en elle un réservoir d’énergie adaptative. Pour l’enfant, ce réservoir se remplit par l’attachement, l’amour que je lui donne comme parent. Il est son carburant. Il peut prendre la forme de câlins, de rires, de temps de jeu, de regards remplis de tendresse, de mots doux, de discussions, etc. C’est ce qui permet à l’enfant de bien fonctionner, de lui fournir l’énergie adaptative pour faire face au stress (Filliozat 2011). Idéalement, on tente de ne pas attendre que le réservoir soit à sec pour le remplir…comme la voiture, on veut tous éviter de tomber en panne ! La prévention est donc notre meilleure alliée.

Que peut-il arriver si le réservoir de notre enfant est au bas niveau ? : « […] ses circuits cérébraux sont en manque. Crises de rages, de pleurs pour un rien, comportements excessifs sont autant de manifestations de détresse du système nerveux » (Filliozat, 2011, p.36). Je sens déjà la culpabilité monter en chacun de vous. Attention ! Cette auteure précise bien que tout n’est pas par manque d’amour, beaucoup de comportements peuvent s’expliquer par l’état physiologique des enfants (voir référence pour en savoir plus à ce sujet).

Et la quantité dans tout ça ? Et bien comme chaque humain est unique, le réservoir d’amour de l’enfant peut demander plus ou moins de carburant selon ce qu’il vit et les stress auxquels il doit faire face. Chose certaine, il s’agit d’un outil puissant qui peut devenir d’un grand secours lorsque l’on se sent dépourvu face à une situation avec nos enfants. Prendre 5 minutes pour commencer la journée avec un gros câlin et des bisous remplis de tendresse est nourrissant pour l’enfant comme pour le parent et est un bon carburant pour affronter la journée. Même chose au retour à la maison, avant de se précipiter dans la préparation du repas, permet à l’enfant de remplir son réservoir dont le niveau a diminué en cours de journée. Une amie à moi, maman de deux jeunes filles, vivait des retours à la maison plutôt chaotique. À un certain moment, elle a eu l’idée de donner le bain aux enfants au retour à la maison. Elles avaient donc un moment de « connexion » avec elles tout en leur permettant de faire la transition entre l’école/la garderie et le retour à la maison. La tension dans la maison a chuté drastiquement depuis ! À chacun de trouver la formule qui lui convient !

Et si on se donnait le défi de commencer et finir la journée avec une grosse dose d’amour ? Vous pouvez visionner la vidéo suivante pour vous inspirer : https://www.youtube.com/watch?v=XxTv9StQflU

Références :

Filliozat, Isabelle (2011). « J’ai tout essayé ! » Opposition, pleurs et crises de rage : traverser la période de 1 à 5 ans. Poche Marabout Enfant.

 

 

 

 

 

Exploitation sexuelle et gangs de rue

Par Dïana Bélice.

Gangs de rue.

Prostitution juvénile.

Réseau.

Traite humaine.

Voici des termes dont on a souvent entendu parler ces derniers temps dans les médias. Entre autres, ce qui s’est passé dans le centre jeunesse lavallois n’aide en rien la situation. On a donc eu le privilège d’écouter les uns s’indigner sur l’état des choses et les autres, presser les différentes instances de se saisir de mesures plus draconiennes pour soutenir ces jeunes. Ça, c’est dit de manière proprette. Je vous épargne les choses plus colorées que j’ai entendues…

On devrait prendre le temps de rebrousser chemin vers la base. Pour monsieur et madame tout le monde, mais pour nos jeunes, aussi. Puis lorsque je dis qu’il faut revenir aux sources, je parle d’information et de prévention. Oui. Plate de même.

En théorie, c’est simple. Mais en pratique — aille ! — là, c’est autre chose.

14695316_934255670041250_7264328244711557754_nTrop souvent, les médias veulent d’abord et avant tout nous présenter quelque chose de gros. Le genre de nouvelle qui va nous faire dire « ben voyons dont ! » C’est légitime, mais avec le sensationnalisme qui est d’ordinaire prêté au traitement de l’information, on oublie souvent de rester critique, de se demander pourquoi, d’essayer de comprendre. Et c’est là qu’on met tout dans le même panier.

Pour monsieur et madame tout le monde, l’idéal, ce serait qu’on leur présente un portrait réaliste de la situation. Si on n’a pas toujours l’occasion de le faire dans des minutes en ondes régler au quart de tour, au moins, on peut les inviter à aller chercher l’information auprès de sources pertinentes et les nommer de manière claire. Parce que le pimp, ce n’est pas seulement « le noir au coin de ma rue qui porte un bandana rouge » Sans vouloir commencer un autre débat, il faut cesser de nous marteler avec l’idée selon laquelle le proxénète est irrémédiablement et exclusivement un homme au teint foncé. Je suis fatiguée d’entre parler du bad black man car les souteneurs que j’ai rencontrés dans le cadre de mon travail, moi, il y en avait de toutes les couleurs.

C’est un peu la même chose pour ces jeunes filles qui ont fugué, au courant de l’été. Les Caucasiennes ont été décrites comme des jeunes femmes fragiles. Victime. De leur côté, celles à la peau foncée ont été dépeintes comme s’étant retrouvé dans cette mauvaise posture en raison de leurs fréquentations douteuses. Oh ! stigmatisation, quand tu nous tiens et nous donne l’envie de crier sur tous les toits… Si on veut mon avis, les caractéristiques prêtées aux deux « types » sied aussi bien à l’une que l’autre…

Nos jeunes. Ceux avec des étoiles dans les yeux et qui ont mille et un rêves, des choses importantes et drôles, aussi, à nous raconter, si on prend un petit deux minutes pour les écouter. C’est de cette manière qu’on se rend compte que quelque chose, quelque part, cloche. Je ne dis pas chez eux. Plutôt avec le monde qui les entoure. Celui qui s’entête à leur refuser des cours à la sexualité ou à les maquiller, mais genre, vraiment mal. Tellement mal, que ce n’est plus tout à fait ça.

C’est fou, car lorsqu’on parle d’éducation à la sexualité, bien souvent, on pense qu’on veut leur mettre dans la tête que les filles se DOIVENT d’aller se chercher la pilule contraceptive à 14 ans et qu’on va distribuer des quantités phénoménales de préservatifs à nos garçons. C’est n’est pas juste ça. C’est aussi discuter de ce qu’est une relation amoureuse saine. Leur parler des changements qui s’opèrent dans leur corps et les rassurer : oui, c’est normal ! C’est les informer sur les questions d’orientation sexuelle. C’est leur apprendre qu’ils n’ont pas à tout accepter en matière de sexe, qu’ils peuvent dire non. C’est discuter de la culture du viol. La liste est encore longue.

On a peut-être l’air de s’éloigner du sujet des gangs de rue et de l’exploitation, mais non, en fait. C’est une roue qui tourne et que si on se donnait les moyens de mettre en branle, on aurait peut-être moins de jeunes éplorés par des situations difficiles.

C’est moi ou… ce serait l’fun ?