Reconstruire le monde des filles, un livre à la fois

Par Eve Anabelle Saintonge.

Assise sur la chaise d’examen, le cœur qui bat rapidement, les mains moites et le ventre bien badigeonné, j’attends patiemment l’examen de l’obstétricienne. L’échographie montre un corps bien développé. Finalement, elle examine le sexe.

  • Madame! Vous allez avoir une fille!
  • C’est une fille.
  • C’est une fille !!!
  • Oui.

Voilà ma réponse, bien sobre.

Il faut comprendre que je voulais un bébé. N’importe quel bébé, mais pas une fille.

Ainsi commença mon aventure d’être mère.

Les vêtements roses, les surnoms de princesses. Les idées préconçues de ce qu’allait être mon bébé simplement puisqu’elle est une fille. Les fameux stéréotypes ont inondé les conservations prénatales.

Devenir mère m’a secouée puisque je n’avais pas anticipé l’immensité et la responsabilité de ce rôle. Mais avoir une fille m’a ébranlée puisque je me suis questionné sur la place qu’elle aurait dans notre société et sur la lacune d’exemples constructifs.

Où sont ces femmes de courage, d’affirmation, d’audace et de persévérance?

Dans mes livres d’enfance, Cendrillon, Blanche-Neige et le petit chaperon rouge sont plutôt comparable à des algues qui se font vaguer par la mer. Et pourquoi toujours cette histoire d’amour où le prince sauve la princesse? Vous comprendrez donc que la princesse Astronaute, Noémie, jouée par Pascale Bussières à Canal Famille dans les années 90, était mon héroïne.

J’ai donc commencé une quête personnelle. Premièrement, j’ai eu cette soif de connaître ces femmes de l’Histoire qui ont débuté la marche créant ce monde pour les femmes d’aujourd’hui et de demain. Je me suis trouvée des nouvelles héroïnes qui se sont ajoutées à côté de Noémie. J’ai appris à les connaître. Alors, quand ma fille me posera ses centaines de questions sur le monde, je pourrai lui refléter que notre société est construite par des hommes ET des femmes et qu’elle aussi peut y contribuer de manière visible et éloquente. Lorsqu’on cuisinera, je pourrai lui rappeler que Ruth Wakefield a inventé par accident le traditionnel biscuit aux brisures de chocolat qu’on adore ou quand j’aurai besoin des indispensables essuie-glaces, je pourrai lui dire que c’est grâce à l’imagination Mary Anderson.

 

Ensuite, j’ai débuté une collection spéciale dans ma chambre de livres où l’héroïne est une jeune fille forte ou que l’auteure est une femme. Je l’avoue, cette collection est d’abord pour moi. J’ai grandi avec l’idée qu’une femme sait de manière innée qui elle est et ce qu’elle doit être. Or, j’ai longtemps cherché ce que signifie être une femme dans la société. Être entourée de ce femmes historiques et fictives me permet d’explorer qui je suis. Puisque j’évolue à travers mes différents chapitres de vies, ces dames m’accompagnent dans mes périples et me supportent.

J’ose espérer que ces petits détails permettront à ma fille de ne pas vivre cette angoisse que j’ai vécu et de savoir que ces femmes fortes qui construisent notre monde ont une voix. Mais surtout, que sa voix, ses ambitions et aspirations ont une place dans notre monde aujourd’hui grâce à celles qui ont débuté la marche.

Et vous, que faites-vous pour offrir un monde sans stéréotype à vos filles?

 

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Ariane a lu…Fais-le pour toi!

Par Ariane Mimeault.

Un livre de psychologie positive qui s’adresse aux ados, écrit par une ado, voilà ce que nous propose la jeune comédienne Frédérique Dufort, celle qui a notamment incarné Dalie dans la populaire série jeunesse Tactik. Ce rôle lui a de toute évidence permis d’établir une belle complicité avec les lecteurs à qui elle s’adresse. Car c’est un peu sur le ton d’une grande sœur bienveillante qu’elle aborde des sujets qui touchent les 12-17 ans dans leur quotidien.

Avec un langage et des codes visuels (émojis) adaptés au lectorat, Frédérique parle de préoccupations terre à terre que partagent tous les adolescents, autant à la veille de l’entrée au secondaire qu’une fois intégré à la vie de la polyvalente. Les petits comme les grands stress trouvent écho dans cet ouvrage truffé d’anecdotes personnelles qui permettent aux jeunes de se reconnaître à travers les mésaventures que l’auteure leur raconte. De l’uniforme scolaire aux présentations orales en passant par les familles recomposées, les types d’amitié ou les peines d’amour, toutes les sphères de l’adolescence y passent, toujours avec ce ton plein d’empathie et sans prétention qui donne l’impression aux lecteurs d’avoir une conversation avec une confidente.

Le chapitre où il est question de motivation scolaire, de gestion de l’anxiété et de tout le stress engendré par l’école est rempli de trucs et conseils simples et concrets pour aider les jeunes à passer à travers leur parcours d’étudiant sans que ça ne devienne trop angoissant. Et celui sur l’intimidation est particulièrement efficace parce qu’il est très « incarné », en ce sens que les questions qui y sont posées, les situations qui y sont décrites sont très réalistes et reproduisent bien ce qui se passent dans la tête des intimidés comme des intimidateurs et de ceux qui les entourent. Ça aide, de façon concrète, à mieux comprendre le phénomène et à poser les bons gestes (exemples à l’appui) pour le contrer. Plusieurs références pour obtenir de l’aide et du soutien y sont également judicieusement incluses.

Le chapitre qui traite de la différence m’a particulièrement touchée, car la jeune auteure nous fait part, un peu sous la forme d’un journal intime, de sa réalité de grande sœur d’un frère autiste. En personnalisant le sujet, elle démystifie beaucoup ce que c’est de partager sa vie avec une personne « différente » et ce que ça implique lorsqu’on est enfant ou ado. Une manière très humaine de sensibiliser à l’acceptation de la différence.

Le livre se clôt par un chapitre consacré à la confiance en soi, corde sensible s’il en est une chez les ados. Encore une fois, Frédérique y évoque des histoires personnelles concernant les commentaires blessants qu’on n’oublie pas, l’importance qu’on accorde à l’image que l’on projette et bien d’autres questionnements dans lesquels les jeunes lecteurs se reconnaîtront. Elle parle aussi d’échecs à apprivoiser, de scénarios catastrophes à éviter, de l’impression de ne jamais faire la bonne chose qui nous taraude à cet âge, de standards sociaux difficiles à atteindre, d’amour propre à cultiver, etc.

Bref, beaucoup de sagesse émane de cette jeune femme qui sait s’adresser à son lectorat avec justesse et sincérité sans jamais faire la morale. Un beau livre qui fait du bien, à mettre entre les mains de tous les ados.

 

Choisir, c’est renoncer

Par Stéphanie Deslauriers.

Faire des choix, dire « non », devoir refuser de superbes offres…

Tout ceci a toujours été un défi pour moi.

La raison est simple : j’aime tout! J’aime toucher à tout, essayer, me diversifier, être stimulée. Ça me prend ça pour m’épanouir professionnellement.

Crédit photo : Pixabay

Même personnellement, dernièrement, j’ai dû faire des choix : dire à une nouvelle copine que je ne pourrais pas la soutenir émotionnellement autant qu’elle le souhaiterait pour cause de « j’ai besoin de préserver mes petites réserves d’énergie et ma santé mentale » avec toutes les belles choses qu’on vit et qui s’en viennent pour notre famille, annuler à la dernière minute une activité avec des amies d’enfance car la fatigue était trop présente, ne pas pouvoir assister à une pièce de théâtre pour laquelle j’avais des billets depuis longtemps pour la même raison que la situation précédente et j’en passe.

« Choisir, c’est renoncer », dit-on. Une amie a remanié cette célèbre citation qui va comme suit : « Choisir, c’est faire le deuil de l’option qu’on n’a pas choisie ».

C’est d’accepter de ne pas savoir ce qui serait advenu si on avait pris tel chemin plutôt qu’un autre. C’est laisser aller avec le plus de paix possible.

Crédit photo : Pixabay

J’apprends encore (et probablement pour un méchant bout!) cet aspect de paix dans le fait de choisir.

J’ai plutôt tendance à lutter jusqu’à ce que ça ne fonctionne plus du tout et que là, je doive absolument prendre une décision. « Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise. », disait Jean Monnet.

Dire que je me reconnais totalement dans cette citation serait un euphémisme!

Et je sais que je suis loin d’être la seule, forcément. On doit souvent se rendre au bout, au fond des choses avant de réaliser que…non. Ça ne marche pas. Ça n’a pas de sens ainsi. Qu’il faut arrêter, changer, alléger notre horaire pour notre bien-être. Se casser le nez même si parfois (souvent), on l’a vu venir à 100 miles à l’heure. Comme si on se sentait coupable d’arrêter avant que tout s’effondre. Comme si c’était une preuve de lâcheté, de faiblesse. « Ben non, je suis capable! Encore un p’tit coup et je vais y arriver! » Mais parfois, « le p’tit coup », ça fait des années qu’on le donne. Et que par le fait même, on n’arrive pas à prendre le temps d’apprécier ce qu’on a, là, là. De s’y investir pleinement, d’arrêter de courir à en perdre le souffle. On cherche toujours plus loin, plus haut, ailleurs, d’un coup qu’on passerait à côté d’une super opportunité.

Mais peut-être qu’à force de courir, on passe à côté de ce qui est déjà là, à nos côtés, en nous.

(Ré)apprenons à savourer. À vivre dans l’ici, maintenant.

Le vrai visage de Madame Commotion Cérébrale

Par Caroline Charpentier.

Du 16 au 22 octobre dernier, c’était la Semaine québécoise du traumatisme craniocérébrale. Alors, parlons-en de Madame Commotion Cérébrale!

Courtoisie de Caroline Charpentier

Sur cette photo, je suis avec ma maman et l’une de mes adorables nièces. Nous sommes sur le bord de la plage en Jamaïque. J’ai un bon verre de vin à la main. Nous nous amusons! C’est le pur bonheur.

Rapidement, plusieurs diront que j’ai l’air en super forme sur cette photo et ne comprennent pas que je sois en arrêt de travail. Pourtant, je suis en arrêt de travail depuis très longtemps à cause des séquelles de Madame Commotion et mon retour n’est pas prévu pour le mois prochain. Sur cette photo, si on se fie aux apparences, je suis souriante et vu que Madame Commotion m’a fait perdre quelques kilos, ça donne l’impression que tout va bien! Et bien non!

Dans cet article, je veux présenter l’envers du décor de Madame Commotion Cérébrale comme l’est l’envers du décor de cette photo. La seule chose qui est vraie sur cette photo c’est nous nous amusons beaucoup! En fait, nous sommes devant la télévision de mes parents et nous faisons croire que nous sommes en voyage! Au premier coup d’œil, ça semble être la belle vie, non?! Et bien, c’est la même chose avec Madame Commotion. De l’extérieur ça semble bien aller, ça semble facile de s’en remettre mais, ce n’est pas toujours le cas.

Alors, voyons le vrai visage de Madame Commotion Cérébrale!

Pour cette photo, j’ai emprunté un verre de vin; du vin je n’en prends pas quand il y a beaucoup de monde. Les stimuli, les bruits sont beaucoup trop difficiles à gérer que je n’ajoute pas d’alcool!

Pour cette soirée, durant la journée j’ai dormi et re-re-siesté afin de mettre toutes les chances de mon côté. Je suis même retournée siester durant la soirée et ce, même si je m’étais plus que reposée dans la journée. Je suis un peu comme une batterie de cellulaire défectueuse qui se décharge trop vite et surtout, sans raison. Quand on l’a chargée toute la journée, il me semble qu’il faudrait qu’elle fonctionne un peu le soir, n’est-ce pas? Et c’est fâchant non?! Et bien, c’est la même chose avec Madame Commotion, la batterie est défectueuse sur un temps!

Pour cette soirée, j’ai aussi refusé des activités que j’aurais vraiment aimé faire durant la journée, la veille et même le lendemain. Jumeler des activités dans la même journée ou de manière trop rapprochée ça ne fonctionne pas pour ma batterie défectueuse. Et, si je n’écoute pas assez les signaux de Madame Commotion, je peux facilement me mettre à pleurer. Vous avez l’image du petit coco trop fatigué qui pleure, alors mettez ma face à sa place! Ho oui, c’est ça qui arrive quand je dépasse mes limites! Même, que des fois, je me peux tellement plus que j’aurais juste le goût de faire le « bacon » par terre. Mais bon, je me ressaisis avant!

Bien entendu, je ne donne qu’une mince partie des nombreuses conséquences que peut causer Madame Commotion Cérébrale. J’en garde pour d’autres articles ;)

Je ne suis pas en train de me plaindre : je suis en train de nommer quelques-uns des symptômes qu’on ne voit pas sur cette photo où je semble être en Jamaïque et en super forme. Même, j’aurais pu réellement être en voyage et on n’aurait toujours pas vu mes symptômes sur la photo. Ce n’est pas écrit dans mon front que ça ne va pas sur cette image et pourtant, ça ne va pas! Souvent, chez Madame Commotion, on ne voit pas son vrai visage et tout peut sembler bien aller. On ne voit que la pointe de l’iceberg alors qu’en réalité ça peut être bien plus compliqué qu’un mal de tête de quelques jours!

Alors svp, soyez conscient des impacts majeurs que ça peut avoir sur une vie et prenez soin de votre tête!

Outrepasser ses compétences

Par Stéphanie Deslauriers.

Une des grandes forces que devrait détenir tous les professionnels confondus est, selon moi, l’humilité.

Dire : « Je ne sais pas, je vais vérifier et vous reviendrai avec une réponse », plutôt que d’inventer une réponse pour apaiser, voire alimenter son égo.

Référer à un autre professionnel – qu’il fasse partie de la même discipline que soi ou non – lorsqu’on sent que la demande et les besoins de la personne devant nous dépassent nos compétences.

Éviter de se prononcer sur un sujet qu’on ne maitrise pas (ou pas suffisamment).

Avouer avoir fait une erreur.

S’excuser.

Chercher à réparer son erreur.

Bref, se montrer imparfait. Humain et forcément, vulnérable.

Nous sommes un modèle pour les personnes en demande d’aide : un modèle d’imperfection. Nous travaillons AVEC eux – et non pas POUR eux ou à LEUR PLACE.

Image prise sur le site pixabay.com

Nous leur demandons authenticité, véracité et confiance afin qu’ils partagent une part de leur intimité, de leurs souffrances ainsi que de leurs limites. Il est donc en notre devoir de se montrer tout autant authentique. Carl Rogers, un psychologue américain né dans les années 1900 disait : « Une relation authentique n’est possible que lorsque deux authenticités se rencontrent ». Voilà la base de l’humanisme, de l’empathie et de l’acceptation inconditionnelle, tous nécessaires à l’établissement d’une relation de confiance solide en contexte d’intervention.

Récemment, j’ai été témoin directement et indirectement de situations ébranlantes.

De membres d’ordres et d’associations professionnels qui ont outrepassé leur champ de compétences.

Dans un cas, l’un prétendait pouvoir guérir la dépression de son patient en changeant son alimentation et en l’invitant à cesser sa médication alors qu’il vivait une grande période de changements et de stress (et que son psychiatre et son médecin traitant depuis les 30 dernières années lui recommandaient plutôt d’attendre de vivre une période plus stable dans sa vie).

Dans l’autre, l’une regardait de manière emplie de jugement une usagère en raison de sa prise de médication en l’invitant à la cesser du jour au lendemain sans connaître son dossier médical ni l’usagère plus qu’il ne le fallait, par le fait même.

Des soupirs, des regards de biais, des commentaires acerbes visiblement ravalés à la dernière minute ont été effectués par un autre membre d’une association professionnelle, encore sans connaître en profondeur la personne venue demander de l’aide ni son historique médical et psychologique.

Un autre a exprimé vivement son désaccord en lien avec la prise de médication de type « anti-inflammatoire » à une patiente visiblement en douleur, clamant que cela traumatisait son système et qu’elle devrait arrêter sur-le-champ.

Image prise sur le site pixabay.com

Ces situations m’ont été rapportées et / ou vécues. Dans chacun de ces cas, aucun des professionnels consultés n’avait une formation adéquate pour se prononcer sur ce sur quoi ils l’ont fait, les conseils étaient non sollicités et le fait de les suivre aurait pu causer de graves torts aux patients. Bref, les usagers n’allaient pas les voir pour leur parler de médication et leur poser des questions à cet effet mais ont dû le faire en complétant le bilan de santé en début de suivi.

On peut avoir des croyances et des valeurs – évidemment! – mais en aucun cas, on ne devrait les imposer à qui que ce soit, surtout pas aux personnes vulnérables qui viennent consulter. Jamais. Surtout lorsqu’on se prononce sur un sujet sur lequel on n’a pas de formation suffisante, reconnue ou adéquate. C’est un manque de jugement, de professionnalisme et d’humilité.

Parlons de ce que nous connaissons et laissons le reste aux personnes qualifiées, pour le bien-être de tous.

Si vous vous êtes sentis lésés dans une relation professionnelle, saviez-vous que vous pouvez vous adresser à l’ordre professionnel ou à l’association professionnelle de la personne consultée afin de faire une plainte?