Pourquoi mon enfant me parle peu de lui ?

Par Marie-Hélène Chalifour.

Chaque fois que ma fille (4 ans) revient d’un séjour de chez ses grands-parents, ils me disent qu’elle avait beaucoup de « jasette » et qu’ils avaient apprécié tous les sujets qu’elle leur avait partagés. Pourtant, lorsque nous, à la maison, lui demandons comment s’est déroulée sa journée, elle nous répond « Je ne sais pas. ». Même si je tente d’y aller avec des questions plus précises, du genre « À quels jeux as-tu joué ? », elle me répond souvent « les bébés » sans plus. Bien sûr, dans le quotidien, elle verbalise ou agit comment elle se sent et ce qu’elle vit dans le « ici et maintenant », mais ne nous raconte pas spontanément et fréquemment ses expériences de vie. Première réaction comme maman : j’ai angoissé. Pourquoi notre fille échange-t-elle davantage avec ses grands-parents qu’avec nous ? Deuxième réaction : j’ai pris trois grandes respirations et j’ai réfléchi à la situation en tentant de la voir autrement !

Mon premier constat a été que lorsqu’elle rend visite à ses grands-parents, ceux-ci sont dévoués aux besoins de ma fille à 100%, le « reste attendra », disent-ils. Ils prennent le temps de s’arrêter pour écouter vraiment ce qu’elle a à leur dire. Ces moments les remplissant de joie et étant occasionnels dans leur quotidien, ils parviennent, plus souvent qu’autrement, à être totalement attentifs à elle sans penser au reste… Ma fille se sent alors écoutée, importante, respectée et aimée…il y a de quoi vouloir se confier !! D’ailleurs, comme le nomme Isabelle Filliozat dans son livre « J’ai tout essayé ! », lorsque les besoins de contact de l’enfant sont comblés (ex. moments de jeux, câlins, échanges, etc.), l’organisme libère de l’ocytocine, l’hormone du bonheur, et ce, autant chez l’enfant que les parents (ou les grands-parents ou autres). La libération de cette hormone engendre alors un état de détente et de bonheur.

À la maison…humm, pas la même réalité que chez les grands-parents me direz-vous ! C’est vrai et comme maman, on est souvent très exigeante envers nous. Je me suis alors posée la question suivante : est-ce que je prends le temps de l’écouter lorsque MON horaire me le permet ou lorsqu’elle EN A BESOIN ? Quand moi j’ai envie de parler à quelqu’un, est-ce que j’ai envie qu’elle m’écoute seulement quand elle le peut ou au moment où je vis l’émotion ? Est-ce que je me sens réellement écoutée lorsque la personne fait autre chose en même temps que je lui parle ? Bien évidemment, il arrive qu’on ne puisse mettre de côté ce que l’on fait, c’est la réalité d’une vie de famille (fratrie, travail, entretien ménager, les repas, etc.). On peut alors prendre le temps de se mettre à la hauteur de l’enfant et lui nommer, avec tendresse, que c’est important pour nous d’écouter ce qu’il a à nous raconter donc on va terminer ce que l’on fait et prendre le temps de l’écouter ensuite. Le défi est de ne pas oublier d’y revenir avec l’enfant et non enchaîner avec une autre tâche ! J’ai fait l’essai avec ma fille et j’ai été surprise de sa réaction. Souvent (pas toujours évidemment !!) je la sens plus calme et disponible à attendre et non à chercher une manière d’obtenir mon écoute autrement (ex. chigner, se chamailler avec son frère, etc.)

Mon deuxième constat a été de me demander si moi je lui parle de ce que je vis. J’ai réalisé que très peu…et bien j’ai fait le test ! Avant son coucher le soir, je lui demande toujours ce qu’elle a aimé dans sa journée, ce à quoi elle répond souvent « Je ne sais pas. ». J’ai alors décidé de lui raconter ma journée, ce que j’ai fait, comment je me suis sentie dans certaines situations, etc. Eh bien, croyez-le ou non, je lisais dans ses yeux de l’intérêt, de l’étonnement et de la curiosité. Elle me posait aussi des questions pour mieux comprendre certains points. Depuis ce temps, elle veut toujours que ce soit moi qui la couche et a hâte de me raconter des moments vécus à la garderie, des bons comme des plus difficiles avec ses amis. J’ai aussi essayé avec mon fils de deux ans et son regard me traduisait la même chose que sa sœur. Évidemment, il me répondait à la hauteur des acquis d’un enfant de cet âge.

J’ai cherché à comprendre ce qui se passait dans leur tête pour être si fascinés par ce que je leur racontais. Isabelle Filliozat explique dans son livre Au cœur des émotions de l’enfant que lorsque l’on parle de nous à notre enfant, particulièrement de notre ressenti, cela lui permet de faire des liens avec ce qu’il sentait qui allait ou n’allait pas chez son parent. Qu’on le veuille ou non, notre enfant le ressent instantanément lorsque quelque chose ne va pas. Il l’entend (ton sérieux et sec), le voit (absence de sourire, visage tendu, sourcils froncés, moins disponible), le constate au toucher (mouvements plus brusques, câlins moins « sentis »). Il le ressent, mais dépendamment où il est rendu dans son développement cognitif, il ne peut pas toujours se l’expliquer. C’est pour cette raison que de leur parler, sans se montrer alarmiste, permet de rassurer l’enfant. De plus, ceci lui permet de ne pas adopter des comportements/attitudes ayant pour fonction de « réparer » son parent, mais plutôt de rester qui il est, un individu à part entière, séparé de son parent. Petit bémol : comme parent, nous devons aussi garder en tête que nous avons la responsabilité de ne pas faire de notre enfant notre ami, notre confident. Comment ? Par exemple, je peux dire à mon enfant que « J’ai vécu un différend avec mon amie et j’ai beaucoup de peine » tout en gardant pour moi la nature de notre désaccord, et ce, même si l’enfant insiste.

Mon troisième et dernier constat : comme parent, on est un acteur important pour permettre à notre enfant de parler de lui, de ses expériences de vie, de ses bons coups comme de ses mauvais coups…et ces moments d’écoute, qui commencent dès la petite enfance, construiront les bases de la communication avec notre enfant, mais aussi avec les autres.

 

Références :

Filliozat, Isabelle (2011). « J’ai tout essayé ! » Opposition, pleurs et crises de rage : traverser la période de 1 à 5 ans. Poche Marabout Enfant.

Filliozat, Isabelle (1999). Au cœur des émotions des enfants : Que faire devant les larmes ? Comment réagir face aux paniques ? Poche Marabout Enfant.

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