Affronter ses peurs

Par Stéphanie Deslauriers.

Quand on a un « p’tit tempérament anxieux », comme me le dit souvent mon médecin de famille (qui, après tout, m’a sortie du ventre de ma mère), ça peut être tentant de faire de l’évitement.

En fait, l’évitement est précisément la « stratégie » favorite des p’tits anxieux de ce monde.

Jusqu’à il y a quelques jours, j’avais bien réussi à éviter une (des) peur(s) viscérale(s) : me perdre dans un endroit que je ne connais pas, ne pas savoir ce qui s’en vient, où je vais, à quelle heure je reviens, où je vais pouvoir manger/faire pipi/remplir ma bouteille d’eau/me reposer.

Sauf une (deux) fois en camp d’été. À Minogami, où je restais deux semaines en pleine forêt avec des monitrices dynamiques aux noms farfelus; les Canicule, Pissenlit, Goglu et Schtroumpfette de ce monde se reconnaitront. Durant ces deux semaines, on partait quelques jours dans nos canots, nos sacs sur le dos avec notre nourriture pour cette période, vêtements et sac de couchage. On traversait les rapides de la St-Maurice, bravait la pluie parfois insistante, faisait du portage sur plusieurs centaines de mètres dans des sentiers sinueux, montait la tente quand on arrivait à un endroit où on pouvait le faire, allumait un feu, faisait sécher nos vêtements mouillés, dormait peu avant de reprendre dès le lendemain matin.

Je me revois aux abords de la rivière, à contempler : à droite, les rapides qu’on avait affrontés la veille. À gauche, l’eau qui allait nous accueillir pour le reste du périple. Devant, des conifères. Derrière, même chose. Pas de montre, pas de GPS, pas de points de repère. Que deux monitrices d’à peine 20 ans, une carte avec des indications approximatives et notre insouciance.

Et mon p’tit tempérament anxieux. Et les larmes qui me picotaient les yeux, chatouillaient mes joues puis, brouillaient ma vue.

Pourtant, au retour au camp, un sentiment de fierté m’habitait : « Yes! Je l’ai fait! ». Et quand mes parents venaient me chercher à la fin du séjour, mes monitrices tentaient de les convaincre d’essayer de me convaincre à mon tour de m’inscrire dans le groupe qui faisait de plus longues expéditions, l’été suivant. « On n’a jamais vu quelqu’un qui a aussi peur dans les rapides, mais on n’a jamais vu une campeuse aussi douée pour les descendre ».

Après deux étés dans le même groupe, je n’y suis plus retournée. J’étais ado, j’avais envie de « chiller » avec mes amis dehors toute la journée, au parc, au McDo pour une crème glacée, en vélo, le vent dans les cheveux puis, dans la piscine pour terminer en beauté.

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Crédit photo : Rodrigo Gutierrez

Ces mêmes amis, quelques années plus tard, sont partis avec leur sac à dos découvrir l’Europe, un, deux mois. Pas moi. « Bof, moi, les voyages… ». Pas vrai. En fait, c’était plus : « Moi, l’aventure, ne pas savoir, avoir peur, être loin de mon chez moi tout ce temps…ça me fout la chienne. Mais je n’ai pas envie de l’admettre ni d’y faire face. Faque moi, mon p’tit tempérament anxieux, ma grosse tête de cochon pis moi, on reste à maison ».

Crédit photo : Rodrigo Gutierrez

Crédit photo : Rodrigo Gutierrez

Puis, la semaine dernière, je mettais le cap sur la Grèce avec mon homme. Prendre le train, le bus, se rendre à Athènes, visiter l’Acropole avec une trâlée de touristes, pff! Rien là. Louer une voiture, partir à deux sans GPS à la conquête d’un pays inconnu, moins.

Mais je l’ai fait. Parce que mon homme tenait absolument à le faire. Parce que quand on fait 10 heures d’avion, qu’on se tape 7 heures de décalage horaire et qu’on s’offre un voyage dans un si beau pays, on a envie d’accomplir ce qu’il y avait sur notre to do list. Pour lui, partir avec sa blonde dans un char loué en faisait partie.

Crédit photo : Rodrigo Gutierrez

Je l’ai fait. J’ai eu la chienne. J’ai pleuré un peu (beaucoup). J’ai eu du mal à respirer correctement, sous le poids de la peur qui m’oppressait la poitrine, tsé. Puis, je me suis sentie mieux. Libre. En confiance avec la nature qui m’entourait. Avec l’homme à mes côtés, dans le petit habitacle de la Hyundai i30 de location.

Et surtout, je suis fière. Parce que j’ai affronté une peur. Une peur irrationnelle (pas mal de peurs le sont, non?), envahissante.

Vous, quelle est la dernière fois que vous avez fait quelque chose qui vous faisait peur?

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Une réflexion sur “Affronter ses peurs

  1. Bonsoir,
    moi aussi je suis anxieuse :), mais l’amour pour la vie depasse mes peurs, je n’evite plus de faire des choses nouvelles, je sort plus souvent, à pied, je fait mes courses, je prend mon dejeuner dans un restaurant, des choses que je n’ai pas faite depuis la naissance de ma petite fille, la grossesse et l’accouchement ont declanché chez moi des crises de panique et une grande anxiété, mais ça va , je gére mieux le stress et je savoure les joies de la vie.
    merci beaucoup je te souhaite bon courage, avec beaucoup de nouvelles experiences :)
    mona

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