Se planter

Par Stéphanie Deslauriers.

Il y a quelques années, dans une supervision de stage de maitrise, je me suis fait souhaiter de me planter par ma superviseure.

Pas qu’elle ne m’appréciait pas, bien au contraire! Mais plutôt parce qu’elle constatait que je n’échouais jamais, que je ramais souvent à contre-courant pour éviter l’échec…et que ça fonctionnait.

Sa crainte? Qu’à force d’évitement, j’en vienne qu’à angoisser le jour où je me planterais, ne l’ayant jamais expérimenté auparavant et ainsi, n’ayant jamais eu l’occasion de mettre en pratique stratégies et outils pour vivre, accepter et surmonter mes échecs.

À ce moment de la vie, oh que je n’étais pas contente de me faire souhaiter de me planter! Ne devrait-on pas souhaiter la réussite? Encenser la réussite? Oui, bien sûr.

Mais avec cinq années de recul par rapport à ces propos, je comprends.

En intervention, on tente de faire éviter l’évitement (!) à nos usagers. C’est que l’évitement est la stratégie la plus utilisée quand on vit de l’anxiété; on a peur de quelque chose, on ne veut pas le vivre. Normal, non? Sauf que certaines choses sont incontournables (ou presque), dans la vie. Dont l’échec. Dont l’incontrôlable. Dont l’inévitable.

giphyAvant l’an passé, je n’avais jamais échoué d’entrevue d’embauche. Non, non. Chaque emploi que j’ai voulu, je l’ai eu, même si plusieurs personnes postulaient. Avant il y a deux ans, on n’avait jamais refusé de publier un manuscrit que j’avais soumis. Avant il y a quelques années, jamais on n’avait omis volontairement de répondre à un courriel dans lequel j’offrais mes services de chroniqueuse. Même pas de « merci mais non merci ». E-rien. Avant le littéraire, je n’avais que des livres qui se vendaient bien (dont deux bestsellers, tsé).

Avant l’été passé, j’étais convaincue que, en mettant les efforts nécessaires, on pouvait tout réussir. Qu’on récoltait ce qu’on semait. Qu’on avait un certain contrôle dans tout ce chaos. Puis, il y a eu Daphné. Ou plutôt, il n’y a pas eu Daphné. Et plus rien après, malgré nos efforts acharnés (heu-hum).

Malgré les belles réussites, il y a un lot d’échecs. En fait, pour chaque réussite, il y a au moins, 4, 5, voire 10 échecs. 10 rêves qui ne se sont pas réalisés. 10 projets qui n’ont pas fonctionné. 10 déceptions à essuyer. 10 occasions de se remettre en question. 10 raisons de se dire : « Coudonc, me semble que je le mérite, non? Que j’ai travaillé fort pour? Que j’ai semé de bien belles choses? Non? ».

10 moments où on réalise que non, on n’a pas toujours ce qu’on mérite – tant dans le beau que dans le moins beau. Que la vie ne fonctionne pas comme ça. Que la vie n’est pas toujours juste.

10  opportunités d’apprendre à aimer cette vie injustice, malgré tout. Grâce à tout.

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