Vivre et laisser vivre

Par Annie Murphy.

Je sais pas si c’est moi qui tourne pas rond, mais je suis tannée.

Tannée des controverses parce que Marilou se prend en photo en allaitant son bébé. Je veux dire, voyons? Depuis quand on s’insurge devant un acte aussi beau et NORMAL qu’une femme qui nourrit son enfant? Quand est-ce qu’on va se révolter contre l’hypersexualisation présente partout dans les médias à la place? Voir une paire de seins à la télé aux heures de grande écoute, c’est banal, mais une femme qui allaite son bébé : Ouhhhh qu’elle cherche le trouble, elle!

Tannée des controverses parce que le gouvernement a décidé de mettre une femme voilée dans une de ses publicités et que le « p’tit peuple de fermés d’esprit » s’en sont insurgés jetant leur fiel sur tous ceux qui osaient prononcer des propos inclusifs. Évidemment, tout ça a commencé avec la participation de la nouvelle sensation du web, Mme Bianca Longpré, blogueuse au Huffington Post. On se rappellera de son dernier billet « T’as pas d’enfants, tu m’en dois une ». Il semblerait que cette femme ai compris que pour se faire enfin embaucher comme blogueuse et finir par être payée, il suffisait de semer la controverse (et accessoirement, s’en plaindre ensuite). Lâche pas Bianca, tu l’auras ta chronique au JdeM et t’iras bruncher avec Sophie, Richard et Lise Ravary.

Tannée de tout ça. Fatiguée qu’on gaspille de l’énergie là-dessus au lieu de protester contre les vrais problèmes, les vrais enjeux socio-politiques qui nous affectent tous. Tannée des « ti-jos connaissants » qui ont une logique et un raisonnement digne d’un élève de troisième année et qui lancent des débats insipides sur internet et qui s’obstinent à tenter d’avoir le dessus sur une personne renseignée et avertie.

Tannée qu’on s’intéresse plus aux séparations des « veudettes » (Allô Nathalie Petrowski) et aux selfies de « tout nu » de Kim « je recherche désespérément de l’attention » Kardashian, qu’aux véritables débats de sociétés. Tannée de ces amis Facebook qu’on ne peut pas enlever de nos contacts, mais qui partagent des vidéos pour rire des filles rondes ou des messages du genre : « Lolllll!!!!1! entéka, moé lé supposer vrai amis ki te jouzent d’en l’do, pu kapabe » (oui, je sais, y’a la fonction pour cacher leur publication…crois-moi que je le sais!).

Je sais pas, mais on dirait que je me reconnais plus dans tout ça. Suis-je une « étrange »? Le plus épeurant je dirais, c’est quand tu commences à ne plus te reconnaître en les gens de ton entourage. Quand tu as l’impression que tes propos, tes idées, tes valeurs ne sont pas partagées par eux ou pire même, qu’ils sont jugés, banalisés voire même ridiculisés.

Dernièrement, dans un élan de frustrations, j’ai décidé de m’obstiner sur internet (bravo la grande) avec des pseudo-intellos qui utilisaient des mots qui te ferait gagner à coup sûr au Scrabble pour expliquer leur pensée. J’ai été fascinée de voir la fermeture d’esprit et le bagage de préjugés entretenus par des gens d’apparence instruits et supposément cultivés. Qu’est-ce qui nous rend aussi moroses, désillusionnés et éventuellement, aussi fermés en tant que citoyens? Ok, les gouvernements n’aident en rien, mais quand même. Ça me fait peur moi une société aussi exclusive qui rejette l’autre et sa différence.

Dernièrement, il y a eu aussi le fameux débat lancé par Lise Thériault, ministre de la condition féminine qui est allé d’un : Je me considère pas comme une féministe, je suis plus pour l’égalité des sexes.

Depuis quand être féministe implique d’abaisser le statut de l’homme? Oui d’accord, il y a du féminisme extrémiste, comme dans n’importe quel autre mouvement social. Oui, il y a certains groupes qui excluent les hommes, qui les accusent de tous les maux des femmes et qui généralisent. Mais, à la base, être féministe ne veut pas simplement dire que nous sommes pour l’égalité des sexes et que la femme puisse jouir des mêmes droits que les hommes? Du moins, dans mon livre à moi, c’est pas mal ça la définition. Nul besoin de préciser que ce débat a enflammé les réseaux sociaux et suscités des réactions de toutes parts.

Bref, je suis tannée.

Le problème au Québec, selon moi, c’est que la maxime qui dit « vivre et laisser vivre » n’est pas suffisamment appliquée. Au lieu d’être un peuple qui se concentre sur notre bien-être et celui de nos concitoyens, on cherche la bibitte dans la différence. On cherche à critiquer parce que « c’est pas comme ça que nous on pense, c’est pas comme ça que nous on ferait ». On cherche à rallier les gens pour se conforter dans nos croyances, nos allégeances. Pourquoi plutôt ne pas voir la richesse que nous offre justement la différence? Les apprentissages qu’elle nous offre? La possibilité de comprendre et de connaître? Tout le potentiel que ça nous offre au lieu d’entretenir une haine néfaste et contre-productive?

J’écris tout ça et je réalise que moi-même je dois méditer là-dessus. Je juge aussi et je manque de tolérance envers ceux que je considère fermés d’esprit. Peut-être ont-ils quelque chose à m’apprendre eux également?

Ne serait-ce que « vivre et laisser vivre »…

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Une réflexion sur “Vivre et laisser vivre

  1. Un texte intéressant….. bien dit tout haut ce que plusieurs pensent tout bas. Je crois qu’effectivement les  » fermés d’esprit » ont des choses à nous apprendre. Pour être ouvert à l’autre il faut d’abord bien se connaître et être à l’aise avec qui nous sommes. Or, je crois que peu de gens peuvent dire qu’ils se connaissent vraiment…. qui se connaissent vraiment en tant qu’entité (peuple) ou en tant qu’individu.
    Encore merci pour ce texte

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