Le coeur vide

Par Stéphanie Deslauriers.

Le 23 août dernier, j’ai arrêté de croire.

J’ai jamais été une grande croyante, r’marque ben. Dieu, Jésus, ses p’tits amis pis leur dernier diner en gang, très peu pour moi.

Je croyais en la Vie, par exemple. Aux signes, aux « rien n’arrive pour rien » dans le sens où on arrive toujours à tirer nous-mêmes nos propres apprentissages de ce qui nous arrive. Que la vie, ça peut pas être juste de la marde. En la force de l’Amour, oui, oui, avec un grand A – l’amour romantique, amical, familial, celui qui fait qu’on aime pour qui l’autre est et qui fait qu’on se fait aimer pour qui on est. Je croyais aux efforts qui mènent systématiquement aux résultats. Au mérite. Aux rêves qui sont grands, beaux, forts, qu’on peut atteindre à force d’espoir, de travail et d’un peu de chance, quand même. Je croyais en la chance. Que j’étais chanceuse. Que je pourrais tout réussir, dans la vie, avec ces ingrédients-là.

Le 23 août dernier, quand la gynécologue a soufflé : « J’ai des mauvaises nouvelles » pendant l’échographie alors que je fixais l’écran devant mes yeux tellement fort, dans l’espoir de te voir apparaitre, j’ai arrêté de croire. Y’a une partie de moi qui est restée sur le p’tit papier qui fait « crounch crounch » quand on bouge, sur la chaise en cuirette aux étriers.

Y’a moi pis mes croyances, qui sont restés dans cette salle aux lumières tamisées, pour permettre aux futurs parents de mieux voir leur progéniture en développement sur l’écran où moi, je n’ai rien vu. Dans ce local de l’hôpital où, comme ça, une autre gynécologue est rentrée pour regarder la prescription que me faisait « ma » gynécologue. Qui a même eu l’audace de flasher ses connaissances : « Ah! Moi, tu vois, je donne 4 comprimés à prendre aux 12h, pour que le fœtus sorte », qu’elle a dit, sans un regard pour moi et mon chum. Et puis, elle est ressortie comme elle était arrivée. Comme la mauvaise nouvelle nous était tombée dessus. Comme ça, en deux secondes.

Deux secondes, c’est court. Un, deux. C’est fini. Mais deux secondes, ça peut être interminable, aussi. Un, deux. Un, deux. Un, deux. Sur repeat. Depuis le 23 août.

C’est pas que j’veux pas, hen. C’est pas que j’ai pas d’outils, dans vie, pour passer au travers des épreuves. C’est pas que j’ai pas d’amis, pas de famille, pas de chum qui m’aiment tellement fort que souvent, j’peux même pas y croire. C’est pas que j’suis masochiste (à moins que…). C’est pas que j’suis faible. C’est pas que j’suis pas bonne, pas fine, que je mérite pas de ben aller. Que je me botte pas le derrière. Je me botte le derrière à chaque seconde. Un. Un. Un. Un. Un.

Sur repeat.

C’est que, ce deux secondes-là, elles ont influencé toute ma vie. Toute celle que je m’étais imaginée. La bedaine que je n’aurai pas eue. L’accouchement que je n’aurai pas. Les bébelles de bébé que j’ai retourné, avec, pour raison quand la caissière m’en a demandé une pour ses p’tits papiers : « J’ai perdu mon bébé ». Le bébé que je ne serrerai jamais dans mes bras, contre mon sein pour le nourrir, en gossant du monde au centre d’achats parce que tsé, hey toé chose, couvre-toi, franchement.

Mon bébé que je ne verrai jamais apprendre à faire ses nuits, ramper, marcher, parler, apprendre à faire caca dans le pot puis, dans la toilette. Mon bébé que j’irai porter à la garderie le cœur gros, en pleurant en cachette dans mon auto, avec mon chum aussi papa gâteau que moi. Mon bébé devenu enfant à qui je répéterai de se laver les mains, après son p’tit caca dans la toilette qu’il a oublié de flusher, soit dit en passant.

Notre enfant, le petit frère de Poulet, l’agrandissement de notre famille recomposée.

Aujourd’hui, tu aurais dû naitre, Daphné. Mais ça arrivera pas.

C’est dur, faire le deuil du vide. Et ça gruge l’espoir. Veille sur ta maman orpheline, OK? C’est qu’elle a le cœur pas mal scrap depuis que t’es partie.

Je t’aime.

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17 réflexions sur “Le coeur vide

  1. Je compatis avec toi… je l’ai vecu ça. Ton texte ma arracher quelques larmes. Garde espoir un jour ca ira on oublie jamais mais ca s’appaise ce grand vide. Pour moi le jour ou mon petit ange devait naître un autre petit être s’est loger dans ma bedaine. Notre petit trésor a maintenant 7 semaines. On oublie pas… mais de beaux jours viendront. :) Prends soins de toi…

      • courage c’est une épreuve qui est douloureuse pour des parents..Il faut se dire que la nature est bien faite et qu’il y a une raison si le foetus n’a pas tenu. Moi c’est un peu différent il était bien la son coeur battait..il grandissait bien jusqu’au moment où on a du retirer ma trompe ou il s’était logé pour grandir..au mauvais endroit mon ptit ange c’est envolé avec une partie de moi. On oublie pas non jamais on vie avec ..et les jours passent..un jour si Dieu veut un autre être viendra agrandir la famille et apporter de l’amour de plus.

  2. J’ai vécu quelque chose de similaire… Pour ma part je suis entrée dans le local de l’échographie avec une inquiétude que je ne m’expliquait pas… Finalement mon feeling etait bien réel un beau bebe qui bougeait et le cœur etait parfait mais pas d’os crânien comme il aurait du y en avoir. Jai du retourner deux jours plus tard pour quon mette fin à ma grossesse… Jai très mal vécu le fait qu’on m’enlève mon bebe. Ma tête comprenait bien mais mon cœur avait mal, terriblement mal. J’ai envi de te dire que tu as le droit d’avoir de la peine et quil te faut prendre du temps pour bien vivre ton deuil. Souvent les gens sont mal à l’aise et disent des generalites pour essayer de nous remonter le moral… C’est important de vivre nos emotions pour pouvoir ensuite aller de l’avant. J’ai eu la chance d’avoir une amie qui avait aussi fait des fausses couches qui m’a ecoutee et ca m’a fait beaucoup de bien. Je te souhaite beaucoup de bonheur pour la suite et tenvois un gros câlin virtuel xxx

  3. Ah les signes l’art de les interpréter … il faut vraiment écouter les signes pour éviter les mauvaises surprises ou pour mieux comprendre les situations que nous avons vécues …
    Bon weekend <3

  4. Même chose ici, fausse couche a 17 semaines. Je me rappèlerai toujours le jour horrible de l’échographie où le bébé ne bougeait plus, figé et flottant dans mon bedon. Quelques mois plus tard, le jour de ma date prévue d’accouchement, j’ai su que j’attendais un autre petit bébé et j’ai maintenant une grande fille de 3 ans que j’adore plus que tout au monde. Tout ça pour dire que ça revient, l’espoir, le bonheur, on finit par croire de nouveau! On oublie jamais mais ça finit par faire moins mal. Bonne chance pour la suite xo

  5. Je comprend très bien ce que tu vis. Aujourd’hui, ça fait 1 an que j’ai fait ma 2ième fausse couche. Malheureusement, ça ne bouge plus de ce côté depuis….mais l’espoir est encore la.

  6. Je comprends très bien ce que tu vis. Aujourd’hui, ça fait un an que j’ai fait ma 2ième fausse couche. Malheureusement, il n’y a rien qui a bougé depuis ce temps mais l’espoir est là.

  7. Courage chère Stéphanie. J’ai aussi vécu cette grande épreuve. La première année est la plus difficile. La date prévue pour l’accouchement étant probablement la pire journée. Un jour à la fois… Garde espoir. Quand la tristesse se sera estompée un peu, tu trouveras le courage de te faire pousser une autre belle bedaine d’amour. Mais prends ton temps. Bien vivre son deuil est important. Et ne perd pas espoir. J’ai aujourd’hui 2 beaux enfants en santé. Antoine, mon petit ange, fait parti de la famille. On oublie jamais mais le chagrin s’apaise.

  8. Pingback: Faker sa relâche | Maman a un plan

  9. La perte d un enfant provoque un chamboulement énorme, je me retrouve exactement dans ton 1er paragraphe: la confiance en la vie, la détermination qu on peut tout réussir avec juste la volonté et un peu de chance.. nous avons perdu notre fille ne prématuré avec une maladie génétique rarissime, elle a vécu 3 semaines. Elle a laissé un vide énorme dans nos coeurs,meurtri pour toujours. Nous ne sommes et seront plus jamais les mêmes … la vie nous a fait le cadeau de nous apporter un petit garçon qui a 13mois aujourd’hui. Et nous savons que trop bien que dans la vie rien n est aquis et nous ne contrôlons pas tout. Bon courage a vous sur le chemin du deuil

  10. Coucou,
    C’est la première fois que je tombe sur votre blog… Je n’ai pas vécu cette événement… pas directement. J’étais enceinte de ma première fille quand mon amie d’enfance qui avait 1 mois de plus que moi a eu un souci avec sa fille… J’ai été profondément touchée même si ce n’était pas moi…
    Depuis, le temps a passé, mon amie a eu un autre enfant. Elle n’oublie pas sa première fille mais elle en a fait qqch. J’essaie du mieux que je peux de l’aider, même si on peut pas faire grand chose….

    J’ai néanmoins trouvé beaucoup d’informations spirituelles qui peuvent t’éclairer ou tout du moins atténuer la souffrance…
    Une vidéo ici qui explique : https://www.youtube.com/watch?v=qj_zfaCbKJw
    ainsi que cet article de blog : http://vivons-la-lumiere.blog4ever.com/le-choix-de-lame-votre-enfant-vous-a-choisi
    Courage à vous pour cette douleur…

  11. le hasard des dates veut que tu publies ce texte le jour « anniversaire », un étrange anniversaire vu que c’est l’anniversaire de mon « devenue maman » mais aussi l’anniversaire de mon premier bébé, mais aussi l’anniversaire de sa mort vu qu’il est né juste avant de quitter mon corps … comme on nous disait « oh, comme c’est dommage, alors que justement vous étiez au bout ! Ben oui j’étais à terme, il était même juste un peu après, merci la vie de m’avoir donné 4 jours de bonus en sa compagnie, c’est ça de plus aux 2h avec lui dans mes bras, tout froid, mais bien là, même si ses yeux sont restés fermés, malgré que je me disais que là, contre moi, malgré les 20min de tentative de réanimation je me disais que contre sa maman, c’est bon il allait respirer ! Mais voilà, ça fait beaucoup d’anniversaires pour une seule date, et du coup chaque année depuis 8 ans ben mon corps me fait revivre pleins de choses, c’est une semaine où je me sens mal dans ma peau et que j’emprunterais bien celle d’une autre femme, une qui n’a pas porté la mort et qui n’a pas un morceau de coeur tout sec et tout raccorni par la douleur d’avoir trop pleuré, trop souffert … J’ai eu deux autres enfants, qui sont heureux, vivants, bien vivants bien bougeants, mais je resterai la maman de « N-1 » d’enfants, car il en manquera toujours un autour de moi.
    Merci de ton témoignage, car en calculant aujourd’hui jusque aout, je me dis que t’étais au début de ta grossesse, mais le terme au fond, ça ne change pas le fait qu’on ait mal et qu’on souffre de ce manque, je m’en rend compte de plus en plus …

    tout plein de courage à toi :D

  12. Bonjour Stéphanie
    ton article m’a énormément touché, ça m’est arrivée la meme chose, il y a quelques années, j’ai pas pu avoir d’enfant, mon mari et moi désiraient énormement un petit bébé, surtout apres 10 ans de mariage, les medecins m’ont dit que j’etait stérile, 10 ans sans enfants c’est beaucoup, mais la vie a voulu m’offrir le plus cadeaux de ma vie, une petite fille, certe j’ai aussi fait des fausses couches, j’ai pris des hormones, j’ai investi beaucoup d’argent, j’ai vecu la depression post natale, j’ai eu des crises de paniques, je souffre toujours d’anxiété, de stress, c’est pas facile d’avoir des enfants, il faut se sacrifiier, tourner la page de libérté, comme tu as dit changer les couches de caca à minuits, passer des nuits blanche à cause de son rhume, le nez bouché, vomir sur moi (je m’excuse), mais c’est beau d’etre maman, mais on paye le prix, avant j’avais mon petit caniche c’etait plus simple, avant mon mari me disait je veux un bébé, maintenant quand il me vois débordée et stréssé il me dit c’est ton choix c’est toi qui a voulu avoir un bébé on etait heureux avec notre caniche :)
    surtout ne perd pas espoir, tu aurra ton bébé, ta volonté pour devenir mére sera bientot une réalité, ne laisse surtout pas tomber, croie en toi, et tu aurra le plus beau bébé au monde,
    bon courage
    merci
    mona
    limonasblog.wordpress.com

  13. Très beau texte! Pour ma part, je suis demeurée croyante et c’est ma foi qui m’a donné espoir qu’un jour au ciel, j’aurais l’éternité pour apprendre à connaître ma petite Raphaëlle, décédée à 22 semaines de grossesse, que j’ai choisi d’accoucher dans la douleur comme les autres, afin qu’elle soit plus concrète à ma vie, un peu plus longtemps. 1 an après, un vigoureux petit bonhomme venait remettre de la joie dans nos tristesses. Et étrangement, la mort de sa soeur m’a permis d’accepter la malformation de mon fils comme si c’était une banalité, car après tout, il était vivant. C’est donc une épreuve qui m’a permis d’en surmonter une autre et chacune des épreuves de nos vies, comme des tempêtes de vent, vienne nous enraciner davantage et nous rendre plus fort, même si sur le coup on manque de souffle pour continuer.

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