Les meilleures années de ma vie

Par Kharoll-Ann Souffrant.

Beaucoup de gens font référence à leur enfance et leur adolescence comme étant les « meilleures années de leur vie ». Bien que je sois encore jeune, j’estime ne pas avoir eu cette chance.

Ne vous méprenez pas, je suis heureuse pour ceux dont ça été le cas.  Parce qu’être jeune est censé être associé avec insouciance. L’enfance et l’adolescence sont des périodes où l’on se construit, où l’on apprend à se connaître et où l’on jette les fondations pour l’adulte que l’on sera plus tard. On vit ses premières expériences dans toutes sortes de domaines. On développe des outils internes pour apprendre à gérer le stress et les déceptions, grandes ou moins grandes, de la vie. On crée des liens et des amitiés qui dureront pour la vie ou pour un temps. En ce sens, l’enfance et l’adolescence sont des périodes cruciales dans le développement d’un individu. childhood-71651_960_720

Mon enfance et mon adolescence n’ont pas été des périodes heureuses pour moi. Être mineure est un rôle que j’ai profondément détesté. Ce n’est pas tant les événements en soi qui ont été pénibles, mais la façon de les percevoir, de les interpréter et de les absorber. Mais surtout les émotions qui y étaient rattachées. La chose dont j’ai le plus souffert étant plus jeune étant le sentiment d’impuissance. Le sentiment de n’avoir de contrôle sur rien. L’impression que je ne faisais que subir ce qui m’arrivait et que ma voix, mes opinions et mes idées n’étaient jamais prises en compte parce qu’elles différaient de la majorité. Je suis une hypersensible et j’ai souvent senti qu’on piétinait sur mon cœur sans égard et que pour plusieurs personnes, ce que je pouvais en penser ou en dire n’avait aucune importance.

J’ai trouvé difficile que ma différence ne soit pas célébrée, mais qu’au contraire, qu’on la perçoive comme étant problématique. Je suis toujours en deuil de cette période de ma vie qui aurait en être une de légèreté et de joie.

J’ai cependant eu la chance d’avoir des anges gardiens sur ma route qui ont cherché à me comprendre et qui ont voulu que je demeure authentique et fidèle à moi-même. Des gens qui m’ont fait comprendre que je n’étais pas folle. Qui m’ont poussée à donner le meilleur de moi-même afin que mon individualité ne se fonde pas dans la masse pour moins déranger. Des anges gardiens qui m’ont donné confiance en mon avenir.

Et c’est à ça que je me suis raccrochée comme une bouée de sauvetage. C’est ça qui m’a permis de survivre. Parce que je me suis promis très tôt qu’à défaut d’avoir l’enfance et l’adolescence de mes rêves, que j’allais avoir la vie d’adulte que je veux. Qu’un jour, ce serait moi qui ferais les règles du jeu plutôt que de me les faire imposer. Tout du moins, j’allais tout faire ce qui était en mon pouvoir pour m’affranchir du passé et me construire cette vie. Une vie à la hauteur de mes attentes.

Je ne dis pas que ma vie d’adulte sera idéale ni parfaite. Elle ne fait que commencer. Et déjà, elle vient avec son lot de responsabilités et d’épreuves. La différence est qu’aujourd’hui, je me connais mieux. Je suis plus solide et j’ai plus de ressources intérieures et externes pour faire face aux aléas de la vie. Je n’ai plus autant peur d’entrer en relation avec les autres alors que l’enfant que j’étais était terrorisée à l’idée de laisser entrer les autres dans son monde intérieur. Je suis plus outillée. Je me sens moins démunie intérieurement. Et jour après jour, je me sens un peu plus heureuse, un peu plus épanouie, un peu plus confiante. Et c’est un cadeau inestimable que de sentir que l’on construit sa destinée par ses efforts et son énergie et que ça donne progressivement des résultats concluants. Je me construis une vie à mon image.

J’ai l’impression d’être sur une pente qui monte. Une pente qui monte vers la sérénité et le bonheur. Oui, malgré mes doutes, mes peurs et mes incertitudes, j’ai une relative confiance en mon avenir. Et même si je regarde en arrière et me sens parfois triste, c’est ce passé qui a forgé la femme que je suis aujourd’hui. C’est ce passé qui m’a donné mon empathie, mon écoute et ma compréhension de moi-même et du monde. En ce sens, je dirais donc qu’il n’y a rien que je referais différemment. Non, mon enfance et mon adolescence n’ont pas été les meilleures années de ma vie. Mais j’espère sincèrement que le meilleur reste à venir.

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Une réflexion sur “Les meilleures années de ma vie

  1. C’est un texte très touchant. C’est vrai que c’est triste que tu n’aies pas eu droit à ces belles années de légèreté. Mais je crois moi aussi que la vie d’adulte peut être aussi satisfaisante que l’enfance, bien que d’une autre manière. Cheers!

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