Ce qu’on tient pour acquis

Par Kharoll-Ann Souffrant.

Je suis une étudiante en travail social et cette année, je réalise mon stage auprès de personnes adultes – principalement des personnes âgées – en perte d’autonomie et leurs familles. Je vais chez ceux à domicile. J’évalue leurs besoins. Je leur trouve les services les plus appropriés et disponibles en prenant en compte leurs besoins. Je trouve ce stage excessivement intéressant parce que c’est une expérience que je n’ai pas encore eue et j’en suis enrichie tant personnellement que professionnellement.

acquisÇa m’a surtout fait prendre encore plus conscience de ce que l’on tient pour acquis. Ces choses que l’on fait et qu’on ne questionne pas. Parce qu’il y a des oubliés dans notre société. Des gens pour qui les petits gestes du quotidien deviennent une épreuve en soi.

Aller à la toilette.

Se laver.

Manger.

S’habiller.

Ou être capable de se relever si l’on chute, entre autres.

Des gens atteints de maladies dégénératives et/ou qui ont des pertes cognitives. Certains sont conscients qu’ils en perdent des bouts petits à petits. D’autres sont rendus dans un stade si avancé de leur maladie qu’ils ne le savent plus. Des gens et des familles qui prennent progressivement conscience qu’ils perdent le contrôle de leurs vies, de leurs corps, de leurs esprits.

Des proches aidants à bout de souffle. Des individus qui sont dans une position de « génération sandwich » s’occupant à la fois de leurs parents malades et de leurs propres enfants en bas âge en oubliant de prendre soin d’eux. Parfois ils ont un soutien solide de leur entourage. D’autres fois, non.

Je suis témoin du dévouement des ergothérapeutes, des physiothérapeutes, des infirmiers, des auxiliaires familiaux et des travailleurs sociaux qui s’efforcent de faire leur travail alors qu’on exige toujours plus d’eux, en moins de temps.

Et mon contact avec ces personnes renforce non seulement mon désir de défendre leurs intérêts, ma passion pour la profession mais également mon urgence de vivre. Car je ne sais pas ou je serai dans 10, 15, 20, 40 ans. Si la vie me permettra d’être toujours en santé. Si j’aurai toujours l’énergie pour faire tous ces projets qui me passionnent. J’ai moi-même connu des problèmes de santé d’un autre ordre mais qui heureusement, n’entravent pas mon fonctionnement au quotidien aujourd’hui. Mais ça été assez marquant que je m’efforce à tous les jours de penser au concept de la mort pour réfléchir à la manière dont je veux vivre.

Je refuse de me réveiller à 80 ans et de me dire que je n’ai pas fait les choses que j’avais envie de faire, dis les choses que j’avais envie de dire. Je fais tout pour que ça n’arrive pas. Je profite à fon de ma liberté actuelle.

Et outre le fait que j’admire profondément la capacité d’adaptation – parce qu’elle est très présente – de ses individus et de ses familles, c’est la plus grande leçon que je retire de ce stage. De profiter de la vie. Parce qu’on ne sait jamais ce que demain nous réserve. Il y a trop de choses qu’on tient pour acquis. Trop de choses qu’on ne prend pas le temps d’apprécier. Trop de gens qu’on ne prend pas le temps de remercier. Or dans la vie, il n’y a jamais rien d’acquis.

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