Brindille

J’ai longtemps eu un seule modèle de beauté : taille moyenne, imberbe,cheveux blonds (naturels), yeux pâles ourlés de longs cils, petit nez, bouche généreuse, gros seins, taille définie, fesses rondes.

Comme si cette description était mon baromètre : plus une personne en était près, plus elle était belle. Plus elle s’en éloignait, moins elle l’était, moi incluse.

IMG_20151211_165238801Mes 5 pieds 10, mes cheveux foncés, mon long nez, mes petits seins, les poils sur mes bras (j’entends encore Olivier se moquer de moi à cet effet, alors qu’on était à l’école primaire, ou Kim me demandant de faire des mouvements de bras dans les airs afin de pouvoir montrer à ses copines les poils qui commençaient à pousser sous mes aisselles), mes yeux bruns rapprochés (encore Olivier, accompagné de son ami François qui trouvaient que, lorsque je plaçais ma tête dans un certain angle, j’avais l’air de loucher. Merci, les boys), mon dos légèrement courbé (merci, 5 pieds 10 et scoliose) et mes trop longues jambes, étaient plutôt loin de l’image de la beauté que je me faisais.

Je me trouvais maigre, aussi, peu importe la quantité de nourriture que j’ingérais. Ça, par contre, les autres avaient l’air d’aimer : « T’as l’air d’un mannequin! » (j’ai d’ailleurs été mannequin à 16 ans, le temps d’une séance photos que j’ai dû payer pour mon portfolio (attention aux aspirants mannequins : une agence ne devrait JAMAIS vous faire payer pour ces photos) et d’un contrat au LL Lozeau avec un photographe imbu de lui-même qui me traitait réellement comme une chose.)

Je me suis accroché à ça, à ma maigreur qui se conservait malgré que je mangeais comme un gars d’la construction.

J’ai grandi (ben, vieilli). À 18 ans,  je me trouvais grosse. J’avais des « bourrelets » qui dépassaient de mon bas de bikini x-small (J’ai compris quelques années plus tard que c’était en fait des os, communément appelés « hanches »). Je voulais qu’elles arrêtent de grossir, ces hanches, qui me faisaient de plus en plus ressembler à une poire. En effet, mes seins ne suivaient pas la même évolution. Ils ressemblaient de plus en plus à des bananes, non? (c’est fou comme on utilise les fruits pour décrire le corps humain et surtout, pour s’en moquer. Pauvres fruits.) 10400970_41578440621_2933_n

Mes amies portant du 34C en secondaire 3 tentaient de me rassurer : « Ben non, tu es super belle : tu es comme full proportionnelle, genre. Ça serait pas beau, des gros seins sur toi », alors qu’elles replaçaient le cerceau rendu trop petit, sous leur sein gauche.

À partir de mes 18 ans, je me suis scrutée scrupuleusement à chaque sortie de douche, prenant la peau de mon ventre entre mon pouce et mon index, rentrant mon abdomen pour faire disparaitre l’infâme peau-bourrelet.

« Mais arrêêêêêêteeeeeeuuh. T’es tellement chanceuse d’être mince! J’aimerais ça, être mince comme toi (et manger autant que toi). ». Jusqu’à la mi-vingtaine, je me faisais beaucoup valoriser en lien avec mon poids. Ça me réconfortait un peu, moi qui me trouvait grosse depuis bientôt sept ans. Je me disais que j’étais chanceuse que les autres me trouvent minces : le jour où ils me trouveraient grosses, je serais foutue. Tsé, la maigreur, c’était mon truc depuis 1992. Tout le reste de mon apparence était horrible alors, si je n’avais pu la maigreur, je n’avais plus rien.

Puis, à 26 ans, j’ai commencé une médication qui, comme effet secondaire, fait en sorte que celui qui la gobe chaque soir avant de se coucher ne sent plus la satiété. Et celui qui se fait prescrire cela se sent un peu (pas mal) comme un caca. Qu’a-t-on envie de manger, quand on se sent comme un caca? De la merde.

J’ai dû me racheter des vêtements, en tailles plus grandes. Pendant 2 ans, ça allait. Puis, je suis rentrée à l’hôpital pour une appendicite, qui a littéralement explosé en se faisant extraire de mon abdomen. Re-hospitalisation pour cause d’infection. Puis, je suis tombée enceinte. 12 semaines durant lesquelles j’ai pris pas mal d’ampleur.

IMG_20151211_165159453Et je me retrouve là, à l’aube de mes 29 ans. À tomber sur des photos de moi, adolescente et jeune adulte et à n’y rien comprendre. J’ai juste envie de me prendre dans mes bras et de me dire que je suis belle. Que je suis aimable, aussi. Que je mérite d’être heureuse. Que je suis intelligente. Drôle. Créative. Pis plein d’autres petits mots doux.

Je me retrouve avec un corps qui change, qui continuera de changer. Avec des courbes. Des courbes que j’apprends à trouver belles. Et je commence à trouver des modèles de femmes à qui je m’identifie. Je ne suis plus une brindille de 16 ans. Je ne retrouverai jamais ce corps et c’est tant mieux. Je découvre le corps d’une femme qui a vécu. La tête, et le coeur aussi. manger

(Oh! Et damn you, images qui font croire aux femmes qu’elles sont laittes, grosses, pas assez ou trop. Vous êtes belles, parfaites, même, la façon dont vous êtes.)

Publicités

2 réflexions sur “Brindille

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s