Le bonheur toxique

Par Annie Murphy.

Nous sommes dans une ère où il n’y aura jamais eu autant de pseudos-gourous, de motivateurs/conférenciers, d’auteurs de psycho-pop et autres coachs de vie.

Attention, je n’ai absolument rien contre eux, bien au contraire, mais où j’aimerais mettre un bémol, c’est sur l’abondance de la présence du message de l’importance du bonheur et des moyens pour y accéder.

Peu importe notre âge, notre sexe, notre niveau social et même notre culture, nous nous sommes tous questionnés un jour ou l’autre sur le concept du bonheur. Parce que oui, nous avons tous eu des moments difficiles comme nous en avons eu d’autres très magnifiques.

Partout, que ce soit sur les réseaux sociaux, dans les médias ou même placardé en pleine rue, il y a une abondance monstre de messages qui se veulent positifs, mais qui créent bien souvent l’effet contraire.

Je m’explique.

Depuis très longtemps, depuis toute jeune en fait, je m’intéresse au concept du bonheur. Je lis des livres de développement personnel, je m’inscris dans des retraites de méditations et de yoga et je tente par tous les moyens qui me sont possibles d’optimiser mon bonheur aussi souvent que je le peux et que je m’en sens capable.

Je suis un peu fatiguée des phrases toutes faites qui stipulent que le bonheur se travaille en faisant ci ou en faisant ça, que l’on DOIT faire de la place dans nos vies pour telles ou telles pratiques afin de le voir s’installer et surtout, rester. J’ai souvent l’impression qu’on nous dit d’imposer à nos vies un régime militaire malgré notre manque de temps et de ressources pour mériter d’avoir accès au bonheur. Je sens parfois que certains messages véhiculent une morale culpabilisante pour le commun des mortels qui ne les applique pas. Comme si le bonheur était devenu une dictature et que nous devrions respecter à la lettre les quelques 5-6 heures par jour d’application de moyens nécessaires pour oser le mériter.

Ainsi, l’abondance des messages redondants (Faites de l’exercice, marchez, lisez, buvez du thé, méditez, relaxez, respirez et cie) a de quoi culpabiliser la mère de famille monoparentale qui doit travailler 80 heures par semaine pour subvenir au besoin de sa famille. « Tu n’es pas heureuse madame? Ben là, t’as juste à prendre le temps d’intégrer ces activités-là à ta vie, voyons donc! ». Et ceux qui n’ont pas les moyens financiers de se permettre d’assister aux conférences des grands manitous du bonheur (à souvent plusieurs centaines de dollars le billet), ou à des retraites de détente dans les fonds des bois qui coûtent l’équivalent d’un mois d’épicerie familiale. On fait quoi avec ces gens? On leur dit « tant pis pour vous, vous serez jamais heureux »?

Les moyens approuvés d’atteindre le bonheur sont tellement vulgarisés et accessibles à notre ère des technologies  qu’il n’est plus permis de s’estimer malheureux ou d’oser dire que ces moyens-là ne fonctionnent pas pour nous.

texte annie

Les formules magiques des « to do list » pour être heureux sont bien jolies et ont du sens. Mais qu’advient-il de celles qu’on ne peut appliquer à nos vies pour toutes sortes de raisons?

« Apprendre à voir le positif partout » oui d’accord, je veux bien, mais on apprend à faire ça comment si nous n’en n’avons jamais été capable? La vie ne vient pas avec un mode d’emploi et il serait sympathique d’éviter de faire en sorte que ceux qui ont le coffre d’outils moins bien rempli se sentent honteux devant leur incapacité à prendre leur bonheur en main.

Le travail personnel est exactement ça : un travail personnel. Ça prend souvent des années de travail sur soi avant d’évoluer dans la direction que l’on désire. Il faut être patient et surtout tolérant envers soi-même dans un monde où les best-sellers s’intitulent  Changez de vie en sept jours ou Développer sa confiance en soi en un clin d’œil. Non. Rien de tout ça n’est réaliste. Nous avons tous notre bagage de blessures et notre éducation qui font en sorte que nous avons été façonnés d’une telle manière et qui nécessitera du temps avant que nous devenions l’architecte de nos nouvelles fondations. Laissons-nous le temps d’apprivoiser d’abord la personne que nous sommes, de s’aimer dans ce qu’on a de moins beau et ce, au moins assez pour finalement croire qu’on vaut plus que notre misère du moment.

Les moyens qui nous permettront d’accéder au bonheur sont aussi variés qu’il y a d’humains et de personnalités sur la terre. Nul besoin alors d’imposer la dictature du yoga/dodo/méditation/thé chaud à qui que ce soit.

Ton bonheur et les moyens d’y arriver seront les tiens.

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4 réflexions sur “Le bonheur toxique

  1. J’aime beaucoup votre point de vue. Le bonheur est devenu un objet de desir. Au même titre que la plus belle voiture, la plus belle maison, le dernier téléphone intelligent. Il faut toujours chercher chercher chercher. Le bonheur est tout le temps autour de nous (selon moi). Nul besoin de le chercher ailleurs. C’est selon moi plus un état d’esprit d’être pleinement présent à tout ce qui se passe en ce moment : heureux ou malheureux, frustrant ou pas. Car la vie, c’est tout ça et le bonheur n’est-ce pas simplement de vivre ?

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