Devenir belle-maman

Par Stéphanie Deslauriers.

On n’est pas belle-maman : on le devient.

On le devient un pain doré fait maison à la fois, dégât de jus d’orange sur la table, le matin, par dégât de jus d’orange.

Le rôle de beau-parent en est un de coquilles d’œufs. De gants blancs de chef d’orchestre, de chaussons de ballerine, de pincettes de chirurgien.

Petite, on ne rêve pas de devenir belle-maman, d’apprendre à aimer un enfant qu’on n’a pas porté – qu’on n’a même pas désiré.

On ne rêve pas de revêtir le rôle de l’infâme marâtre qui dit « non ceci, non cela ». On rêve de famille entière.

On rêve de carrosses roses et blancs – bleus, parfois – de biberons, de couches qui sentent bon la poudre de talc à changer, de bébé à cajoler, qui ferme ses grands yeux bordés de cils fins dès qu’on pose sa tête dans son petit lit à barreaux dorés.

On rêve de jouer à l’école avec notre enfant qui devient grand, de lui apprendre la lecture, de l’habiller avec les chandails tricotés par mémé, de lui faire un petit frère ou une petite sœur – ou les deux, un coup parti. Des jumeaux, comme Cannelle et Pruneau.

Puis, on rêve au Prince Charmant. Celui de Cendrillon, d’Ariel et de Blanche Neige.

Vraiment, on fait tout à l’envers, quand on est enfant.

On rêvasse en écoutant la musique populaire qui tourne en boucle à la radio; à sa main dans la nôtre – à moins que ce soit à la nôtre dans la sienne, à notre premier baiser et éventuellement, à notre « première fois » avec « le bon ».

Adulte, on rêve d’un bedon bien rond, rempli de la moitié de l’ADN de notre Prince Pas-Si-Charmant-Ou-En-Tout-Cas-Pas-Tout-Le-Temps (surtout pas quand il tire les couvertures, ronfle ou se coupe les ongles d’orteils). Un bedon qui, à mesure qu’il grossit, nous donne envie de redécorer la maison en entier. On se contentera de la chambre de ce futur humain, finalement.

On rêve de magasiner avec notre génitrice les petits habits de Futur Héritier. De choisir, avec Futur Papa, le premier toutou que notre descendant serrera dans ses bras. De trouver LE banc sécuritaire/ergonomique/pas pire esthétique qui habillera notre banc arrière de voiture, côté passager, pendant les premiers mois, avant de le changer pour un plus grand, pour quelques années.

On ne rêve pas d’atterrir dans une famille pour devenir beau-parent, comme ça.

Comme le rôle de parent, celui de beau-parent s’apprend, s’acquière de jour en jour, à force d’erreurs, d’impatiences et d’impuissance.11150713_10153197616605622_2748036232099373178_nOn trouve le fameux Prince Charmant, qui vient en duo, en trio, en quatuor. Il vient avec l’enfant, l’ex et le conjoint de l’ex. Avec une histoire, une dynamique familiale qu’on apprendra à découvrir. À laquelle on s’adaptera, on apportera notre touche pour en créer une nouvelle. La somme des parties est plus grande que le tout.

On apprend, à coup de nez qui coule, de fesses qui piquent, de bains trop ou pas assez chauds, à être un adulte significatif. Signifiant.

On devient beau-parent à coup de « non! » bienveillants, de câlins réconfortants devant un épisode particulièrement prenant de Ninja Go, de sandwichs-au-pain-blanc-margarine-jambon-pas-de-moutarde-ni-de-mayo-SVP-merci pour le lunch à l’école et de « J’peux tu dormir avec vous cette nuiiiiiit? ».

On devient beau-parent comme ça, sans crier « gare » ni même rien du tout, que ça ait rapport aux moyens de transport ou non.

En devenant belle-maman, j’apprends. Et je comprends un tas de choses. Papa, maman, je vous aime. Merci d’avoir donné le meilleur de vous pour moi.

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