Vivre un deuil – la pression sociale du positivisme

Ce texte a été rédigé par Caroline Charpentier. 

Je commence ce texte la journée du deuil périnatal, un sujet si lourd. Même s’il y a une panoplie d’informations disponibles, lorsqu’on est confronté à cette situation (comme proche ou soi-même endeuillé), c’est comme si l’on nageait dans un énorme brouillard.

Le deuil englobe plusieurs éléments tant au niveau personnel que professionnel comme la fin d’une relation amoureuse ou amicale, le changement d’un style de vie suite à une faillite, la perte d’un travail, le décès d’une personne ou d’un animal. Le deuil est également présent lorsqu’on doit mettre une croix sur un rêve.

Dans certains cas, on pourra entamer le processus du deuil puisqu’il a été annoncé quelques mois auparavant comme dans le cas de certaines maladies.  Les gens seront donc confrontés au deuil de leur état de santé, de la personne qui dépérit et qu’on ne reconnaît plus avant qu’elle décède. Il peut aussi être soudain alors qu’il se pointe sans avertissement (et surtout, sans invitation) lors d’un accident, d’une fausse-couche, par exemple. Peu importe le contexte, le deuil fait vivre son lot d’émotions.

La pression sociale du positivisme

La pression sociale du positivisme

Ce que j’observe, c’est que le deuil n’échappe pas à cette pression sociale de demeurer positif. Cette tendance à rappeler aux gens qu’il peut y avoir pire à leur situation. Effectivement, on peut toujours trouver une histoire pire que la nôtre. Mais, est-ce qu’on doit s’abstenir d’avoir mal? Non. Tout comme à l’opposé, est-ce qu’on s’empêche de ressentir la joie parce que quelqu’un en ressent plus que nous? Non plus.

On a le droit de vivre nos émotions et c’est sain. Oui, on peut être «fort» même si on pleure, qu’on se sent en colère, découragé, désemparé et j’en passe. On peut même être triste à l’annonce du décès de quelqu’un qu’on ne connaissait pas. Oui parce qu’il peut nous faire penser à notre frère, à une amie, à notre grand-maman.

«Ouin mais ça faisait un an que je ne l’avais pas vu; il n’est pas éternel, il ne pouvait pas vivre jusqu’à 120 ans; faudrait que j’en revienne de pleurer; ce n’est pas un enfant, c’est mon chien». On a tous entendu ce genre d’explications. Moi la première, il m’arrive de me ressaisir avec ce genre de phrases  pour dédramatiser (voire minimiser) ce que je ressens. Pourtant!

Des: «je ne sais pas quoi dire; ça me fait de la peine pour toi» seront plus réconfortants qu’une liste complète de solutions/d’exemples de cousine de l’amie qui est aussi passée par là.

Envers soi-même, il est important de ne pas se donner de délai ni de se mettre de pression. Ça donnera moins de place à cette fameuse culpabilité qui arrive assez vite lorsqu’on n’atteint pas nos objectifs.

J’entends aussi cette culpabilité qui survient lorsqu’on décide de se changer les idées en allant au cinéma, par exemple. Comme si vouloir s’accorder du temps pour soi en période de deuil était drôlement vu. Ou cette crainte de donner l’impression qu’on est déjà passé à autres choses. La situation va demeurer la même mais on pourra se divertir un peu.

On peut vouloir s’isoler pendant un certain temps et ça peut être bénéfique. Ce qui est très important est de ne pas de tomber dans les extrêmes. Si à nous isoler, on réalise qu’on déprime encore plus, il est peut être mieux d’appeler une amie.

Il n’y a pas de règle précise à suivre lorsqu’on est confronté au deuil. Ce qui est essentiel est de se permettre de sortir ses émotions comme elles viennent. Elles peuvent virevolter et nous faire sentir confus. Un moment on gère bien la situation et à l’autre, on est inconsolable. Oui ça fait mal et c’est pour ça qu’on a le goût de passer à autre chose rapidement. Toutefois, il est important de se laisser le temps pour apprendre à gérer (et même, digérer) tout ça. Sur le moment c’est l’impensable et tranquillement, cet immense brouillard fera place à un peu de lumière et même plus. Qu’est-ce qui vous a aidé ou vous aide dans de telles situations?

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4 réflexions sur “Vivre un deuil – la pression sociale du positivisme

  1. Merci beaucoup Caroline pour votre article qui me fait du bien. Je partage tout à fait vos propros. Il est important de prendre le temps nécessaire pour faire son deuil ». Trop de personnes qui n’y croient pas malheureusement. Comme dans la chanson de Léveillée « si le coeur te fait mal… » je me sens acceptée telle que je suis. Le hic, c’est un contact virtuel que vous m’offrez. Je l’apprécie quand-même, d’autant plus que j’aime beaucoup écrire. Pour que des rencontres se réalisent en personne, j’ai l’impression qu’il faut faire partie d’un groupe de quelque chose qui a une quelconque mission et qui finit par coûter temps et argent. Il y a certainement de bons côtés à ces rencontres formelles, mais elles ne favorisent pas le partage d’émotions.

    Certains diront en lisant ce post que je me plaind le ventre plein ou bien d’autres resteront indifférents…Mais puisque vous m’en donnez l’opportunité, je vais la saisir qu’importe ce que les autres en pensent. J’espère que mes propos aideront un peu la cause.

    La vie est une éternelle suite de naissances et de deuil. On se lève le matin et on avance un peu plus vers la mort le soir. Ça peut être l’inverse pour les personnes qui travaillent de nuit ou complètement différent pour ceux qui se sentent obligés de brûler leurs chandelle par les deux bout. Nos fleurs, nos plantes et la nature en générale, prennent naissance et finissent par mourir, à diverses intervalles, pour laisser place à de nouvelles pousses…On oublie que nos meules et nos crayons de bois, ont déjà été des arbres…. Mais la vie et la mort ne suivent pas un cycle naturel bien souvent…C’est certainement une des raisons pour laquelle nous éprouvons de la peine lors d’une perte d’un être cher… »j’aurais dû faire ci…j’aurais dû faire ça… ». Le défi c’est de vivre en essayant d’avoir le moins de regrets possible….

    Si on ne prend pas le temps nécessaire entre chaque deuil pour vivre nos émotions, ça devient encore plus difficile d’y faire face à chaque fois. Par exemple, une relation amoureuse qui prend fin, peut nous en apprendre beaucoup sur soi, afin d’éviter les relations qui nous sont nuisibles à l’avenir. Il est vrai que chaque personne est unique, mais il existe des similarité dans les traits de caractères et souvent les contraires s’attirent (dominant, dominé; manipulateur, victime; égoiste, bonasse etc…)

    On peut retrouver les étapes du deuil sur divers sites internet ou dans certains reccueils (la colère, le déni, l’acceptation etc…). Elles ne sont pas nécessairement linéaires ni toutes obligatoires, comme vous dites…Des paroles d’une chanson, une photo, un lieue, une odeur…peuvent déclancher des souvenirs douloureux, joyeux ou autre…et c’est correct. Il est essentiel d’en parler, entre personnes concernées. Le silence peut signifier le respect de la volonté d’une personne à ne pas communiquer ce qu’elle ressent. Mais il peut devenir source d’acumulations de non-dits qui nous du tort à plusieurs niveaux. Aujourd’hui, il est scientifiquement prouvé qu’il existe des liens entre certaines maladies et les émotions refoulées.

    Voilà, comme toute bonne chose a une fin, je vais quitter cette tribune en vous remerciant, une fois de plus, de m’avoir permis de m’exprimer sur un sujet qui est encore malheureusement tabou. En espérant que mes propos donneront naissance à d’autres pousses sur ce sujet qui mérite toute notre attention ne serait-ce que pour un meilleur respect envers soi-même.

    • Merci pour votre réflexion d’avoir pris le temps de vous exprimer. Très contente que mon article soit un sujet qui vous interpelle!

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