Mal à mon peuple

Demain, ce sera la journée mondiale de la prévention du suicide. L’Association Québécoise de la Prévention du Suicide (AQPS) nous invite, en guise de solidarité, à allumer une chandelle et de la poser près d’une fenêtre.

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Moi, je le ferai.

Parce que la santé mentale – ses troubles – est fortement associée au suicide. Le Québec se classe, depuis de trop nombreuses années, dans le palmarès peu désirable de la population qui se suicide (et tente de se suicider) le plus.

Pour plusieurs, c’est à n’y rien comprendre, nous qui jouissons d’une certaine richesse, malgré la récession, nous qui possédons maisons, voitures, gadgets électroniques à faire pâlir d’envie la descendance de Steve Jobs. Nous qui mangeons à notre faim, qui surmangeons, même. Et pourtant. Richesse n’est pas – jamais – gage de bonheur, même si on sait que le fait d’être nanti permet un accès plus facile aux ressources de santé privées, diminue le stress relié au budget, etc.

Ceci étant dit, on tend plus souvent qu’autrement à oublier la pauvreté, tant économique que de scolarisation de notre population. Combien de familles sont sous le seuil de la pauvreté? Combien de familles, considérées comme faisant partie de la classe moyenne s’endettent à n’en plus finir, budgettent pour leurs enfants (qui ont parfois des besoins particuliers et aucun service public qui vient avec), vivent avec une pression énorme sur les épaules pour arriver, à la fin du mois? Oui, la classe moyenne s’appauvrit.

Et cela, c’est sans parler du haut taux d’analphabétisme au Québec : 50% de la population a du mal à lire un livre, ou journal, un endos de boite de céréales, quand ils en sont carrément incapables. Au Québec. Là où il y a des écoles publiques, privées, alternatives. Là où il y a des Universités francophones et anglophones réputées de par le Monde.

Bref. On a beau être considéré comme « riches », quand on se compare à certains pays du continent africain, asiatique, européen et américain du sud, il me semble qu’on est bien pauvres, malgré tout.

Pauvres de tissu social. Pauvres de réseaux de soutien, d’appartenance. Pauvres d’empathie, de compassion, d’humanité.

Quand je regarde les horreurs qui se disent sur les réseaux sociaux, les jugements qui y circulent, la haine, j’ai peur. J’ai peur de notre société, des miens, des nôtres. J’ai peur de cette souffrance qui se tapis en chacun de nous et qui ressurgit, alors qu’on se croit à l’abri derrière un écran d’ordinateur et qui nous pousse à cracher notre venin sur toute personne qui ne pense pas comme nous, qui émet une opinion, qui ose s’afficher authentiquement.

J’ai mal à mon peuple, qui me dicte ma conduite, ma pensée, mes paroles. J’ai mal à mon peuple qui me lance des pierres lorsque je m’égare du chemin tracé pour moi. J’ai mal à mon peuple qui aimerait que j’entre dans une petite case, identique à tant d’autres. J’ai mal à mon peuple qui tente de m’empêcher d’être qui je suis, qui m’amène à me perdre dans les dédales d’une société qui ne me convient pas forcément (du moins, pas tout le temps) et qui m’amène, moi et tant d’autres, à me penser mésadaptée.

Alors que, le fait d’être adaptée à une société qui ne l’est pas est beaucoup plus mésadapté.

Saine d’esprit je suis, donc. Parce que je refuse le moule, tout comme tant d’autres. Comme vous, sans doute.

Alors, oui, j’allumerai une chandelle. Parce que la personne suicidée pourrait être un membre de ma famille, un ami, un proche. Moi.

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