Prescription Inspiration – hors série : Martine Desautels

Martine est prof de 2e année depuis plus de 10 ans. Je l’ai rencontrée via une amie commune (qui est en fait sa cousine par alliance). On a fait notre tout premier salon du livre ensemble, en 2012 (celui de l’Estrie). Sa pétillante fille l’accompagnait et c’est ainsi que j’ai fait connaissance avec une partie de sa famille, avant d’en rencontrer l’entièrement l’été suivant.

J’ai aimé, dès le début, son cœur immense. Ses yeux qui brillent, son sourire qui n’a rien de faux, son humour surprenant et sa créativité débordante. martine desautels

Et, je l’admets, j’aurais donc aimé l’avoir comme prof! Parce qu’elle est authentique et cohérente : ce qu’elle est dans sa vie personnelle, elle l’est également dans sa vie professionnelle, auprès des enfants.

Martine, ça fait 20 ans qu’elle a gradué, qu’elle côtoie les enfants des autres à tous les jours. Qu’elle s’implique au-delà de ses heures rémunérées (32h par semaine).

En fait, Martine, comme l’ensemble des profs, travaille un autre 10h à la maison, pour planifier des activités stimulantes pour ses élèves, pour corriger leurs travaux, dictées et examens, pour préparer les bulletins, pour préparer ses rencontres avec les parents, pour acheter de sa poche et fabriquer du matériel qui facilitera l’apprentissage des moins doués académiquement, tout en stimulant les plus doués. Elle planifie les sorties, participe au plan d’intervention et à sa révision obligatoire aux 90 jours, elle tente d’aider la petite nouvelle à se familiariser avec l’école, son système de fonctionnement et de valeurs.

Et Martine travaille également en surtemps lorsqu’elle doit collaborer  avec la DPJ pour un jeune qui vit des difficultés familiales, elle fait des rencontres avec les ainés de 18, 20 ans afin qu’ils traduisent aux parents du français vers le coréen, le russe, le bengali et j’en passe.

D’ailleurs, elle voit déjà les effets des coupures de l’aide aux devoirs sur ses élèves allophones : ayant des parents ne parlant pas le français, ils ne peuvent aider leurs enfants dans la complétion de leurs leçons à la maison.  Les notes s’en voient affectées et bien souvent, leur estime de soi aussi.

Elle est aussi témoin de la mauvaise presse dont sont victimes les enseignants : des paresseux, toujours en vacances, qui se plaignent le ventre plein, qui n’arrivent pas à stopper l’intimidation, à transmettre les connaissances nécessaires à tous afin d’éviter un redoublement, à nourrir les ventres vides le matin, à régler les conflits qui ont lieu sur la cour d’école, en route vers la maison et parfois, à la maison.

Parce qu’être enseignant, c’est d’abord être un modèle pour les enfants, afin de s’assurer qu’ils soient bien, qu’ils aient mangé, qu’ils soient disponibles affectivement aux apprentissages. Mais avec les coupures d’aide adaptée (psychoéducation, éducation spécialisée, ergothérapie, orthophonie, psychologie, orthopédagogie, etc.), il n’est pas possible pour un seul adulte d’assurer tout cela chez 25, 30 élèves dont certains sont plus « poqués » que d’autres. martine lettre2

Depuis 10 ans, il y a de plus en plus d’intégration d’enfants à besoins particuliers. Mais malheureusement, les services ne viennent pas avec. Ce qui a pour effet de déstabiliser des enseignants, qui ne connaissent pas le diagnostic d’untel, les pratiques éprouvées, les recommandations, qui sont épuisés car il y a 26 autres élèves qui ont également besoin d’aide pour une foule de raisons. Résultat? Épuisement professionnel (burn out, si vous préférez). Des profs à bout, qui ont l’impression de courir après leur queue, après leur temps. Qui se sentent incompétents, insuffisants, laissés à eux-mêmes. À cet effet, Martine observe que plusieurs nouveaux profs de persistent pas dans la profession d’enseignants, entre autres due à cette réalité.

Martine déplore d’ailleurs la « tentative de guérison » au détriment de la prévention. « On n’a pas le temps ni le budget de prévenir ». Éteindre des feux. Être en mode urgence. Tenter de gérer les « cas » les plus lourds et laisser de côté les « plus légers ».

Mais Martine persiste, elle donne ce qu’elle peut, elle fait de son mieux. Et de la reconnaissance, elle en reçoit à petite échelle, lorsqu’une élève de 6e année lui écrit une lettre pour lui dire à quel point elle a été importante dans sa vie, quand un parent lui dit : « Wow! Bravo de faire ce que tu fais : je ne pourrais jamais faire ta job ». Mais pourtant, ce n’est pas le discours qu’on entend dans les médias, qui s’amusent à ternir la réputation de ces passionnés de l’enfance qui passent, bien souvent, plus de temps avec les enfants que leurs propres parents le font.

Et les parents séparés? Il arrive qu’un habite à Québec, qu’il vienne chercher son enfant un vendredi sur deux. Alors, il n’est pas rare que Martine planifie une rencontre de parents, le vendredi à 15h30, lorsque les deux parents sont présents.

Oui, Martine en a vécu, des moments de découragement. Mais jamais elle n’a remis en question son choix de carrière. Parce qu’elle s’accroche aux enfants : « ce sont nos adultes de demain, il faut leur donner des outils et moi, j’en ai quelques-uns. Je dis souvent que ma classe, c’est comme un Canadian Tire. Sauf que des fois, les tablettes viennent en rupture de stock ». Elle se donne donc à 100% pour les enfants, parce qu’elle les aime. Parce qu’elle est consciente que certains manquent de modèles positifs et qu’elle, elle peut offrir cela au meilleur de ses connaissances, de ses compétences et de son savoir-être. Justement, elle s’adapte à chaque élève, elle reconnait leur unicité. Elle leur permet de prendre des moyens pour qu’ils réussissent. « Tu as besoin de travailler à genoux pour pouvoir te concentrer? De te bercer pour te recentrer? Tu n’arrives pas à écrire en lettres attachées? Eh bien, écris en lettres détachées, voilà tout! ».

D’ailleurs, Martine remarque que pour conserver un équilibre, un prof doit pouvoir accepter de ne pas avoir le contrôle sur tout dans une classe : « Tu dois accepter de lâcher prise et de reprendre le contrôle par la suite, parce que la vie est une suite d’imprévus ».martine lettres

Son objectif ultime? « Que les enfants, en se levant, aient envie d’aller à l’école parce qu’ils s’y sentent bien ». Et comment arrive-t-elle à atteindre cet objectif? « En prenant le temps de parler avec mes élèves. Je veux qu’ils se sentent importants, compris, confiants, en sécurité avec un adulte de référence ».

En tout cas, Martine, tu ES une adulte de référence.

À presque pareille date il y a de cela deux ans, j’avais publié une lettre rédigée par Martine, pour ses élèves.

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