Salomé Leclerc

Voici le deuxième article de ma série portant sur l’inspiration.

22h quelques minutes. Vendredi soir. Les dernières notes viennent tout juste de résonner dans la petite salle de Longueuil, se répercutant sur chacune des tables sur lesquelles sont jonchés des lampions. Les deux rappels ont été effectués, la foule a inondé les interprètes d’applaudissements enthousiasmes et généreux. J’enfile mon manteau, je plane jusqu’à un muret sur lequel est apposé quelques articles faisant, sans grande surprise, l’éloge de la chanteuse. Je vois quelques personnes se masser vers la table où des disques sont à vendre, probablement en attente de voir sortir celle qui les a fait vibrer pendant cette dernière heure et demie, qui les fait vibrer avec sa voix forte et fragile à la fois à tous les jours dans leur voiture.

Elle arrive. Les gens se massent autour d’elle, la couvrent de rires, de paroles et de sourires, aussi. J’observe avant de m’approcher doucement, lentement. Je reste à l’écart. Je la vois signer des pochettes de CD. « Merde. Je ne savais pas. Avoir su, je l’aurais amené, moi aussi. Tant pis ». Les gens s’en retournent à la maison, leur CD signé, leurs oreilles comblées.

Je suis seule avec elle. Je m’approche encore un peu. Je ne peux faire autrement que constater que j’ai les jambes molles et la bouche pâteuse. Et je lui déballe tout; je lui raconte comment une amie – qu’elle connait parce que cette dernière l’a invitée à souper après un show (invitation qu’elle a joyeusement acceptée!) et lui a fait passer un instant extraordinaire – m’a fait écouter son CD, un soir collant de juillet, alors qu’elle me ramenait à la maison après une soirée bénéfice. Je lui raconte comment toutes deux si bavardes nous sommes soudain tues, pour laisser sa voix nous envahir, ses paroles nous fasciner, sa guitare nous atteindre pendant de longues minutes. Comment, alors que nous étions stationnées devant chez moi, nous avons mis la voiture sur les quatre clignotants, parce qu’arrêtées dans une zone interdite, afin de terminer l’écoute de cette musique. Comment, le lendemain, je suis allée me procurer son CD. Comment, dès ce jour, je n’ai fait que l’écouter en boucle; dans la voiture, dans mon salon, devant mon écran d’ordinateur, à la recherche d’inspiration. Comment cette obsession ne m’était pas arrivée depuis des années; comment cela remonte à Passe-Partout, alors que j’avais 5 ans. Je lui ai raconté comment j’étais inspirée de voir qu’une jeune femme de mon âge fasse de sa vie ce qu’elle a toujours voulu faire. De la musique, de surcroît; un domaine instable, incertain, où tu peux rester choriste toute ta carrière, malgré l’ambition d’être à l’avant-scène. Je lui ai nommé comment j’étais impressionnée qu’elle ait tout donné pour que cela se produise; son temps, son énergie, sa passion. Comment j’étais ivre de sa présence sur scène; de sa capacité à donner au public puis à se retirer en elle. Comment j’étais touchée par son authenticité, sa capacité à être elle-même, tout simplement. Sans artifices. Il faut être vraiment confiant pour savoir se dévoiler ainsi. Comment j’étais intriguée par sa vulnérabilité.

Tout ça, je lui ai dit en deux minutes, probablement. Je parlais si vite; les idées se bousculaient dans ma tête et je voulais être bien certaine de ne rien oublier, de  lui transmettre toute mon admiration. J’admire cette femme qui sait m’atteindre, me faire pleurer, me faire chanter, me faire sourire, me faire revenir adolescente, alors que je chante à tue-tête dans ma voiture en m’imaginant sur une scène avec une guitare. Parce que je rêve d’apprendre à jouer de la guitare! Mais je sais que ça prend du temps, apprendre. Et que je n’en ai pas, pour l’instant.

Plus que ça, j’admire cette femme qui a su croire en ses rêves, croire en elle et ainsi, tout mettre en place pour arriver à ses fins. J’admire cette femme qui transpire l’intelligence, l’insouciance, la rigueur, le laisser-aller. J’admire cette femme aux milles talents; celui d’écrire, puis de composer et finalement, d’interpréter.

J’admire cette femme qui sait être un être humain, tout simplement. Ou plutôt, tout difficilement.

-Stéphanie Deslauriers

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