Ma psy chez le psy

Est-ce que c’est juste moi, ou bien je trouverais ça rassurant que ma psy voit un psy?

Le tabou de la consultation, qui renvoie à la vulnérabilité des autres puis, à la nôtre, je sais, je sais…C’est confrontant, de parler de consultation psychologique.

C’est comme si on avait ce besoin urgent de pointer du doigt et de traiter de « fou » les gens qui consultent, qui osent ausculter leurs blessures, pour arriver à mieux les panser, à mieux les penser.

Dans le travail de relation d’aide, que ce soit en psychologie, en psychoéducation, en travail social, en éducation spécialisé, on est amené à côtoyer la vulnérabilité des gens; vous savez, cette part de nous que l’on tente généralement de taire, de cacher, d’enfouir, afin qu’elle ne soit visible aux yeux de personne, même pas aux nôtres. Et leur vulnérabilité nous renvoie invariablement à la nôtre.

Il faut être solide pour voir, puis tolérer et enfin, accepter nos vulnérabilités. C’est ce que je dis aux familles qui font appel à mes services; bravo, d’avoir su voir que là, ça en était trop. Bravo, d’avoir eu le « guts » de composer un numéro de téléphone, d’une inconnue, de surcroit, afin de vous aider à vous aider. Bravo, de constater la vulnérabilité et de ne pas la voir comme un échec ou une faiblesse.

S’avouer notre vulnérabilité n’est pas synonyme de s’avouer faible.

En côtoyant cette vulnérabilité, donc, ça nous renvoie à la nôtre.

Et qui de mieux placer qu’un intervenant pour promouvoir l’importance de la connaissance de soi, de l’acceptation de soi, du travail sur soi?

Que ce soient les supervisions, les thérapies, nous avons tous, à un moment ou à un autre, ce besoin de prendre du recul, d’analyser, d’objectiver, de comprendre. De voir nos résonnances, de voir les transferts (cette émotion intense qu’on se fait jeter en pleine gueule, parce que la personne n’arrive plus à la gérer; cette émotion que l’on a éveillée chez l’autre, parce que l’on a été, à ce moment précis, le miroir d’une blessure, d’une humiliation, d’une douleur, d’une perte) et les contre-transferts (cette réaction que les intervenants ont, instinctivement, lorsqu’un transfert a à son tour éveillé des blessures, des humiliations, des douleur, des pertes…).

C’est fichtrement important, d’être à l’affut de nos contre-transferts! Et de comprendre pourquoi telle personne ou tel type de personnalité vient « nous chercher », au plus profond de notre être; pourquoi cette personne nous fait réagir, nous fait sortir de nos gonds ou au contraire, nous donne le goût de la prendre dans nos bras et de la bercer, tout doucement.

Il fut un temps où, à l’Université de Montréal, tous les étudiants devaient suivre une thérapie durant leur formation en psychoéducation. Quel coup de génie! Les dirigeants de ce programme prônaient la connaissance de soi, la réparation de soi, la compréhension de soi, qui se reflète dans nos valeurs, dans nos impulsions, dans nos paroles, dans nos gestes, dans notre personnalité. Ils croyaient qu’il fallait aller bien, pour arriver à faire le bien. Ils disaient qu’il fallait se donner à soi, pour être capable de donner aux autres. Qu’il fallait être à l’écoute de notre nous-mêmes, pour arriver à entendre et à écouter les autres (Propos aussi tenus par Brené Brown, docteure en travail social aux États-Unis, dans sa conférence « The power of vulnerability » http://www.ted.com/talks/brene_brown_on_vulnerability.html ).

Quand je vais faire réparer ma voiture chez le mécanicien, je m’attends à ce qu’il connaisse le fonctionnement des voitures; qu’il s’adapte aux nouveaux modèles, au fonctionnement électronique, qui n’existait peut-être pas lorsqu’il a commencé à travailler. Quand je demande des services en relation d’aide, je m’attends aussi à ce que mon intervenant soit formé et informé; qu’il ait développé, tel mon mécanicien, son savoir. Ses connaissances, si vous préférez. Mais je m’attends aussi à ce qu’il développe son savoir-être; son lui-même, sa personnalité, ses façons d’être, ses attitudes envers moi. Parce que l’outil principal d’un intervenant est son lui-même.

Tel un boucher qui aiguise ses couteaux pour trancher sa viande efficacement, les intervenants aiguisent leur sensibilité, leur compréhension d’eux-mêmes pour améliorer leur outil de travail.

Et nous-mêmes, en trouvant tabou d’aller chez le psy, quels messages sommes-nous en train d’envoyer aux familles auprès de qui on travaille? Que les démarches qu’ils sont en train d’entreprendre avec nous sont honteuses? Que nous, en tant qu’intervenants, sommes au-dessus de tout ça? Alors que le domaine où il y a le plus de burnout (lire « épuisement professionnel » mais encore là, on ne se lance pas dans le travail et dans les relations avec les autres sans raison. Donc, lire entre les lignes « belle façon politiquement correct de dire « dépression » ») est celui de la relation d’aide. Hé oui, malgré le nombre d’heures de fou que font les avocats, les dirigeants de grosses compagnies, les gens d’affaires, les personnes les plus à risque sont ceux qui travaillent avec l’être humain dans une relation, où la vulnérabilité côtoie le déséquilibre, la peur, la détresse.

Alors est-ce juste moi, ou je trouverais ça rassurant de savoir que ma psy voit un psy?

-Stéphanie Deslauriers

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2 réflexions sur “Ma psy chez le psy

  1. Je viens de découvrir ton blog, alors je répond un peu(beaucoup) en retard, mais bon, une psy que j’ai eu m’avait dit qu’elle voyait un psy, et que le 3/4 de ses amis psy en consultaient aussi, sa m’avait rassurer sur mon  »anormalité » de réaliser que la plupart des intervenants que je voyais consultaient aussi, pour différente raison mais beaucoup pour évacuer ;)

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