Je ressens donc je suis

Ce matin, le syndrome de la page blanche.

Non pas parce que je ne sais pas quoi écrire; simplement que je veux tout écrire à la fois, que mes idées se bousculent et que je n’arrive pas à savoir laquelle prendra le dessus sur les autres pour se laisser exposer, extérioriser ainsi sur un bout de page blanche électronique.

Peut-être que j’ai peur d’être redondante, aussi. En parlant encore de la peur.

Parce que je trouve que ça fait partie de notre vie. Ou plutôt, c’est ça, la vie; notre façon de faire face, de gérer nos peurs. Parce que si on le veut (« vouloir » est un bien grand mot…mais quand même), si on est hypervigilant, je suis certaine qu’on peut se trouver au moins une crainte, une peur, une terreur, même, par jour. Au gros minimum.

Et je ne parle pas seulement de la peur du noir, ou des araignées, ou des bruits étranges dans notre chaumière. Je parle de la peur de la vie, de la peur de la mort, de la peur de l’inconnu, de la peur de ne pas être un bon parent, de ne pas être un assez bon conjoint, de perdre les gens qui nous entourent, d’être malade, de blesser, de se faire blesser, de se faire rejeter, de se faire juger, de se faire critiquer, d’échouer, de réussir, de tomber, de se relever, de marcher, de courir, de courir avant d’avoir pu marcher, de trébucher, de ne plus savoir comment se relever, cette fois.

La peur fait partie de notre vie. Certains y accolent plutôt le terme de « défis »; cette vision de la peur nous permet de foncer, de nous dépasser, de mettre en branle le système « orgueil » (qui peut être une très bonne chose, soit dit en passant!) pour nous faire venir à bout dudit défi. D’autres la voient plutôt comme un obstacle, parfois insurmontable mais dans tous les cas, ils remettent en cause leurs forces, leurs qualités, leurs valeurs, leur talent, leurs compétences, leur motivation et ce faisant, la faisabilité de le surmonter, cet obstacle.

On va souvent bien quand tout vas bien. Mais le vrai défi de la vie consiste à aller bien même quand ça ne va pas trop autour. Ainsi, on se donne le pouvoir sur notre propre vie de ne pas dépendre exclusivement d’éléments extérieurs pour construire notre bonheur. On le construit, ce bonheur, plutôt que de courir après, sans trop savoir par où aller, où aller le dénicher, à quelle vitesse il faudra courir pour l’attraper, ni dans quelle direction il se trouve, ni pour combien de temps il y sera.

Et étonnamment, il nous arrive aussi de ne pas bien aller quand pourtant tout va bien autour. Et là, on se met à se questionner, à culpabiliser. Ou si ce n’est nous, il y en a qui sont bons pour nous faire sentir coupables « de se plaindre le ventre plein, pendant qu’il y a plein de petits Africains qui meurent à tous les jours ».

Oui. J’en conviens. Je suis sensible à cette réalité. Mais le fait de me comparer à d’autres ne m’aide pas à aller mieux; elle ne fait qu’augmenter mon sentiment de culpabilité, parce qu’effectivement, moi aussi je constate que je n’ai pas de raison objective de me plaindre. Et ça m’angoisse parce que justement, ça serait dont plus simple qu’il y ait un événement extérieur qui explique mon mal être.

Ça serait comme dire à quelqu’un qui va bien : « Ben là, t’as pas de si bonne raison que ça d’aller bien. Et de toute manière, tu ne peux pas bien aller, regarde! Il y a cet homme qui a réalisé le rêve de sa vie aujourd’hui! Ton bonheur, à côté du sien, n’est rien ».

Ces comparaisons constantes feraient en sorte que nous arrêtions tous de vivre, de ressentir et donc, de grandir. Il y aurait UNE personne à la fois sur la Terre qui pourrait ressentir la colère, la tristesse, la joie, la déception, la surprise, la peur et le dégoût.

Alors qu’une émotion, c’est collectif. Et les six émotions que je viens de vous nommer sont dites « innées »; c’est-à-dire que nous naissons tous avec cette capacités à les ressentir et éventuellement, de les identifier, de les nommer et de les gérer. Et le bonheur, c’est collectif aussi; je suis heureux pour quelqu’un qui a eu une bonne nouvelle; je suis heureux d’avoir ri tant avec un ami; je suis heureux d’avoir pu aider quelqu’un aujourd’hui; je suis heureux d’être en relation avec les autres.

Partagez-le, votre bonheur; il rendra probablement quelqu’un d’heureux. Et partagez-la, votre détresse; vous la trouverez moins lourde, moins insupportable et peut-être trouverez-vous une bonne oreille qui  vous ne fera pas sentir coupable de ne pas bien aller.

-Stéphanie Deslauriers

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