La peur d’avoir peur

J’ai parfois l’impression que la peur consiste en un bon moteur pour nous propulser dans certains projets alors qu’à d’autres moments, elle agit comme un frein à ces mêmes projets, ces mêmes ambitions.

On m’a un jour dit qu’il y avait quatre peurs existentielles et donc, universelles : la peur de la mort;  la peur de la solitude; la peur du manque de sens; la peur de la liberté.

Et une peur sous-jacente à l’ensemble de ces peurs serait la peur d’avoir peur, communément appelée « anxiété » dans la société moderne.

Qui n’a jamais ressenti la peur du vide, la peur de se lancer en appréhendant, en décuplant la sensation que ce sera réellement.

Comme un enfant qui a peur de sauter à l’eau, depuis qu’il en a titillé sa surface avec le bout de son orteil, alors qu’il croit que cette sensation  est représentative de ce que ce sera vraiment, une fois que son corps sera totalement submergé par cette substance aqueuse. Puis, il saute, pour sentir la fraîcheur de l’eau l’envahir, à mesure que son corps s’imprègne du fluide, à mesure que ses pores accueillent les gouttelettes par milliers. Et puis, il ressent un soulagement, le soulagement. Le sentiment qui, au-delà du « ce n’était pas si pire que ça », le soulage de son appréhension initiale, qui dédramatise l’anticipation préalable pour se transformer en douce euphorie.

La peur provoque plus souvent qu’autrement des peurs davantage terrifiantes; la peur d’avoir peur confirme non seulement cette dite peur, mais la multiplie à l’infini. C’est ce qu’on appelle, en psychologie sociale, la prophétie autoréalisante. « Parce que je crains qu’une situation ne se produise, je m’arrange pour la provoquer, même si mon discours prête à croire que c’est la dernière chose que j’ai envie de vivre ». De la sorte, en la vivant, nous nous donnons raison d’avoir cru que cette situation se matérialiserait, de l’avoir crainte, de l’avoir appréhendée.

« Et en en ayant eu peur, j’ai pu me projeter dans ma façon de la vivre, de la gérer et ainsi, en la rendant bien tangible, j’ai un prétexte pour mettre en pratique ce que j’avais imaginé ».

Il y a trois façons de réagir à nos peurs : les fuir, les affronter ou les alimenter. Quoi que, en la fuyant, nous les alimentons, les exagérons momentanément pour tenter de les enfouir.

En les affrontant, nous nous prouvons qu’au fond, ce n’était pas si pire. Quoi qu’en cours de route, il est probable de revivre une ascension de notre peur, qui nous fera douter du choix que nous avons pris d’y faire face. Et d’alimenter nos prophéties autoréalisantes, en cherchant, consciemment ou non, à saboter l’emprise sur notre peur que nous sommes en train d’avoir, d’acquérir, du moins.

Mais un affrontement réussit résulte en le sentiment d’être allé au-delà de ses limites; la fierté, la satisfaction de ne s’être mesuré qu’à soi-même. Mais une heureuse fuite peut, quant à elle, résulter en un respect de ses limites, une connaissance accrue de qui nous sommes, d’une baisse de notre orgueil et ainsi, au respect de soi qui engendre, en retour, le respect d’autrui.

-Stéphanie Deslauriers

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