Miroir, miroir, dis-moi qui est la plus belle

Serait-ce notre désir d’égalité qui nous pousserait à nous modifier physiquement pour que tous, nous soyons également séduisants? Comment est-ce possible qu’une partie du corps modifiée soit plus belle que cette belle même partie naturelle chez quelqu’un d’autre?

Comme les légumes, les plus beaux, ceux qui vendent mieux, sont les plus cirés, les plus attrayants, ceux qui semblent le plus appétissants. En vrai, ce sont ceux de qui on doit se méfier; parce qu’ils ont perdus leur valeur nutritive, parce que le produit qui sert à les rendre brillants, brillants, sont toxiques pour l’être humain, pour celui à qui ils sont destinés.

Au même titre qu’une personne qui a un complexe a deux choix : celui de l’accepter et donc, de s’accepter comme elle est et celui de le faire modifier, en criant ciseaux! (ou plutôt, bistouri…). Parce que c’est plus facile de modifier non pas génétiquement, mais chirurgicalement. Et ainsi, on néglige le travail intérieur puisque, de toutes façons, plus besoin d’accepter : on a eu la possibilité de changer.

Et personne n’y échappe : les bandes blanchissantes pour les dents, les broches, l’autobronzant, le bronzage en cabine et à la limite, le maquillage, les vêtements, les bijoux, les chirurgies de toutes sortes : les seins, la liposuccion, le lifting, le botox et j’en passe. Qui servent tous à nous embellir. Biologiquement, pour séduire les mâles. Quoi que dans la nature, ce sont les mâles qui font ressortir leurs attributs pour séduire les mesdemoiselles.

Mais je crois que ce désir profond de séduire, de se sentir regardée, valorisée, voire aimée, vient du fait qu’on ne s’aime pas. Autrement, pourquoi avoir besoin de ces regards pour combler le vide? Comme si notre regard ne suffisait pas. Comme si, dans notre regard, se trouvait une vision de toutes ces femmes plus jolies, plus grandes (ou plus petites, pour certaines), plus minces, plus attrayantes que nous.

Et puis, on se plaint que les petites filles s’habillent trop sexy, comme des grandes, comme des Lolita. Alors que c’est nous, en tant que société, en tant que modèles, que parents, qu’amis de la famille, qu’éducateurs, qu’enseignants qui projetons cette image de…l’image. De bien paraître en tout temps, de se plaindre de notre apparence, de vouloir être plus ceci, ou moins cela. « Oui mais moi, je suis adulte, diantre! ». Oui. Mais toi, tu es aussi un modèle pour ton enfant, tant quand tu lui adresses la parole directement que dans il t’entend parler de ton apparence à une copine, quand il surprend une discussion entre deux profs, quand il regarde les vitrines des magasins, ou la page couverture de sa revue pour ados.

Alors, c’est dur de ne jeter le blâme que sur les enfants, que sur les parents. Parce que la société, les médias, nous offrent ce type de vision de ce que devrait être un bel être humain, au plan physique, j’entends.

Et je ne blâme pas que les autres : moi-même, je me laisse tenter, chaque mois, par un Elle Québec ou un Loulou qui ne me parle que de la brillance de mes cheveux, de l’importance de faire couper mes pointes fourchues et ce, tous les deux mois (!!!!), ou de cette crème ou non, de ce gel autobronzant, ou bien encore de ces filles qui ont testés ces bandes blanchissantes et qui comparent le résultat. Ou bien de ce khôl qui est beaucoup plus longue durée que celui-là, et qui fera battre les cœurs de ces beaux Victor. Et je lis ces magazines, que je consomme comme des petits gummy bears (hmmm) au lieu de me remplir la cervelle de revues abordant des sujets plus…intérieurs, disons. Comme le fast food : facile à ingérer, pas besoin de trop de temps de préparation. À go, je relax. Mais je ne réalise probablement pas à quel point ces images de filles parfaites qui semblent ne faire que ça de leur vie, s’entretenir l’extérieur, entrent dans ma tête et me font adopter ces valeurs-là. Alors que l’image de la-fille-qui-ne-fait-que-ça-être-belle-dans-la-vie est fausse : oui, parce qu’elle est modifiée, photoshopée, longuement préparée, mais parce que cette fille aussi, doit laver ses cheveux quand ils sont sales (oui oui, ça arrive aux meilleures d’entre nous!) et qu’elle porte parfois des leggings avec un chandail de loup quand elle est tranquille à la maison. Quand on gobe tout cela, sans se poser de questions, on contribue peut-être, à notre insu, à renforcer l’image que l’être humain doit être beau en tout temps et que ça devrait être ça, sa priorité #1.

Que devrions-nous faire? Boycotter tout cela? Je ne pense pas…mais être plus nuancé, peut-être? Trouver un équilibre dans les magazines que nous consommons (et je ne dis pas de choisir entre Loulou ou Elle Québec…mais peut-être y intégrer davantage de contenu à saveur sociale? En tout cas, je me porte volontaire!) Entretenir notre intérieur, aussi (non, ce n’est pas que pour les fous, les psys. Ou bien si : parce qu’on est tous un peu fou, heureusement!)? De la sorte, on véhiculerait un message plus équilibré aux enfants qui nous entourent, de près ou de loin : oui, c’est vrai que c’est l’fun, se trouver beau/belle, mais fais-le donc pour toi! Pas pour plaire aux autres, pas pour être en compétition de « c’est qui la plus belle/le plus beau », mais pour se plaire à soi. Dure dure, d’avoir des critères réalistes quand tout ce qui nous entoure est modifié* …

-Stéphanie Deslauriers

 

*À cet effet, Jacob et Coco Rocha s’associent pour nous présenter une campagne publicitaire exempte de retouches artificielles! Ça vaut le coup de souligner ce type d’initiatives… J http://www.jacob.ca/

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2 réflexions sur “Miroir, miroir, dis-moi qui est la plus belle

  1. Combien de fois on le voit et pourtant on l’ignore…
    Je recommence demain à enseigner à de futurs petites princesses de 12-13 ans et du début à la fin de leur année de 8e année je vois l’évolution chez certaines filles qui essaient certains styles, certaines peignures, elles se cherchent, elles tentent de trouver qui elles sont, elles auditionnent pour différents rôles à l’intérieur de leur cercle sociale dans l’espoire de se trouver une niche bien à elles. C’est à la fois fascinant et inquiétant à voir aller car certaines se mettent une grande pression pour tenter de trouver qui elles sont: la rebelle, le petite cute, la princesse riche, la « mature », la sportive, l’indépendante, etc.
    demain rentrée des classes les auditions commencent pour certaines d’entre elles, qui vont vouloir faire leur place dès le premier jour! Moi j’aurai des billets de première loge en avant de la classe!
    Ton texte sera sûrement une de nos première lecture en classe, merci continue ton très bon travail! tu es un plaisir à lire
    un prof d’Ottawa

    • Effectivement, dans la recherche identitaire, s’entremêle les pressions sociales, la recherche du « bon » rôle, celui qui nous colle à la peau, ou peut-être pas…celui qu’on VEUT jouer à tout prix. En fait, le seul rôle que nous ayons vraiment, dans la vie, est celui-ci : le rôle principal. Et celui-là, on ne le choisit pas. Il s’impose à nous. Parce qu’on est maître de notre vie. Parce qu’on est notre principal agent de changement, de décisions…or, je crois parfois que nos décisions, que nos choix, ne se font pas de façon libre et éclairée, parce que teintés de la superficialité sociale.

      J’écris ce blogue pour faire ma part, pour parler pour ceux qui ne le peuvent pas, même pour ceux qui ne le veulent pas. Je fais ce blogue pour vivre LA vie et non pas que ma vie (comme dirait une amie maman d’un enfant autiste). Je fais ce blogue pour « jouer » mon rôle principal, celui qui m’a trouvé malgré moi.

      Je suis honnêtement touchée que mon article ait su vous interpeller de la sorte. Et aussi, comblée que ces jeunes filles puissent bénéficier d’un prof si sensible à leur développement. Et qu’elles puissent avoir une figure masculine positive dans leur vie. Merci, merci, merci
      Une psychoéducatrice de Montréal

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