C’est drôle, la vie…

C’est drôle, la vie.

Ce matin, je reprenais ma lecture d’un livre de Boris Cyrulnik, neuropsychiatre français qui a développé (ou popularisé?) le concept de la résilience.

La résilience, c’est la capacité de rebondir dans un contexte d’adversité. C’est d’avoir eu, contrairement à son voisin, des parents qui nous ont donné des outils dysfonctionnels dans un plateau de terre cuite en nous disant : « Tiens. Apprends à t’en servir ». Et parfois même, qui nous ont donné les mauvais explications pour les mauvais outils en mauvaise état. Parce que notre voisin a peut-être eu, lui, des parents qui lui ont montré des outils faits d’or, de platine, de titanium, présentés sur un plateau d’argent. Et qui lui ont donné les bonnes explications et les bons exemples pour lui apprendre à s’en servir adéquatement. Et voire même, à en développer d’autres.

Mais malgré qu’on ait eu ces outils qui tombaient en ruines, on a su, par notre force intérieure, par l’appui de ce que Cyrulnik appelle « les tuteurs de développement » (vous savez, ces gens qui nous entourent, qui nous ont fait essayé leurs outils, qui nous ont aidé à nous en construire des plus solides) se développer sainement malgré un environnement qui ne l’était pas, sain.

Donc, j’étais assise dans le bus, absorbée par ma lecture. Vous savez, quand vous ne remarquez pas que vous êtes arrivé à bon port; qu’il vous faut descendre, courir, pour attraper le métro?
Et je suis arrivée au métro, et j’ai réalisé que je devais sortir. Puis, j’ai vu une fille, une femme. Que j’avais déjà vue avant. Une femme que j’avais rencontrée, une année plus tôt, dans des cours de danse au gym près de chez moi. Une femme qui m’avait tout de suite intriguée. À qui j’avais parlé et ce, à plusieurs reprises. À qui j’avais parlé de mon travail et de, oui, je l’avoue, mon sentiment que je n’apportais peut-être rien, au final, aux familles que je voyais. Et puis, elle m’avait dit qu’elle était une fille de centres d’accueil. Qu’elle avait été retirée de son milieu familial très jeune et qu’elle s’était baladée de centre d’accueil en centre d’accueil, de famille en famille. Et qu’elle avait bien « virée ». Et que de petites attentions, de petits mots, de petites pensées, de petits gestes de la part des adultes qui avaient croisés son chemin en tant qu’enfant avaient fait une différence dans sa vie. Et aujourd’hui, elle est une magnifique femme de 40 ans, épanouie, positive, intriguante (ça, c’est pas elle qui me l’a dit. C’est moi qui m’en suis rapidement aperçue).

Et que, par le fait même, elle était la définition même du terme « résilience ».

Et puis, sur le bord du trottoir, comme deux petits pissenlits qui ont trouvé leur chemin entre les craques de ciment, on a jasé. De la vie, de son déménagement, de son nouvel emploi, de son nouveau gym. Et elle m’a dit qu’elle m’avait aperçue hier, dans le bus, sans se rappeler où elle m’avait vue. Et qu’elle prenait ce bus à tous les matins, à la même heure. Et que moi aussi. Puis, on s’est dit au revoir, avec la promesse de reprendre notre discussion dès lundi matin, à la même heure. Puis, elle s’est engouffrée dans son second bus, qu’elle n’avait pas entendu démarrer. Trop absorbée par une discussion. Vous savez, la vie…

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