« Tous ces mots, ce ne sont que des mots »…vraiment?

Parce qu’ils ne laissent pas de traces visibles, parce que sa définition est encore floue, parce que l’on n’ose pas encore se ficher le nez dans les affaires du voisin, les mauvais traitements psychologiques sont encore peu connus et surtout, peu reconnus.

Vous savez, ces mauvais traitements, que l’on désigne aussi sous le nom d’abus verbal, de violence verbale, d’abus psychologique, d’abus émotionnel, de violence psychologique ou de violence émotionnelle?

Vous savez, ces mauvais traitements qui sont considérés comme « les moins pires », lorsque comparés aux mauvais traitements sexuels, aux mauvais traitements physiques et à la négligence?

Et pourtant…

Les mauvais traitements psychologiques se définissent par huit catégories distinctes, soit le mépris, le rejet, le terrorisme (ou menace), l’isolement, la corruption ou l’exploitation, l’absence de réponse affective, la négligence et l’exposition à la violence conjugale. Les titres de chacune de ces catégories parlent pour elles-mêmes. Et que l’on se tienne pour dit, ces huit « catégories » se chevauchent plus souvent qu’autrement. Et sont souvent utilisées de manière répétée par le (ou les) parent(s), que le but soit de nuire à son enfant ou non.

Ce que vous ne savez peut-être pas, c’est que les mauvais traitements psychologiques accompagnent dans la grande majorité des cas les trois autres formes de violence mentionnées (sexuelles, physiques et négligence).

Et que lorsqu’interrogés à l’âge adultes, les individus ayant subit ces types de mauvais traitements se rappellent davantage des paroles peu élogieuses que leur(s) parent(s) avai(en)t à leur égard que des coups, des marques, des bleus, des cicatrices physiques.

Et les adultes ayant subit des mauvais traitements physiques à l’enfance se rappellent que chaque blessure physique infligée signifiait que son parent ne l’aimait pas. Et que c’est ce message, derrière le geste, qui leur faisait le plus mal, comparativement aux coups qu’ils mangeaient en pleine gueule.

Et que les pires conséquences à long terme, tous types de mauvais traitements confondus, sont celles reliées aux mauvais traitements psychologiques. Pourquoi? Parce que l’enfant n’a pas eu à déduire, à force de coups et de blessures, qu’il ne valait pas grand-chose. On le lui a dit. Plusieurs fois et ce, de plusieurs manières différentes.

Ainsi, on peut comprendre l’enfant de penser qu’il n’a pas de valeur, qu’il n’est pas aimable, qu’on préfèrerait qu’il n’existe pas, qu’on se fout éperdument de ses besoins (et d’y répondre, évidemment), qu’il ne mérite pas l’amour et la considération d’autrui. S’il ne les mérite pas aux yeux de ses propres parents, dans le regard de qui peut-il bien les mériter?

Peut-on lui en vouloir de se définir dans le regard des autres? D’attendre leur approbation? D’avoir peur de s’ouvrir, de crainte de se faire rejeter pour qui il est? De ne pas se faire confiance? De ne pas faire confiance aux autres?

Les mauvais traitements psychologiques laissent des traces, même si elles ne sont pas visibles à l’œil nu. Même s’ils ne laissent pas de traces épidermiques, d’ecchymoses, de cicatrices. Ils laissent des traces dans l’estime de soi des enfants, qui deviendront adolescents, puis adultes. Ils laissent des traces indélébiles dans l’histoire d’attachement des individus, dans leur façon d’explorer leur univers, d’entrer en contact avec les autres, dans le but de développer des liens solides avec eux. Car la vie, qu’est-elle sinon qu’une multitude de possibilités de se connecter aux autres? Qu’une panoplie d’opportunités d’être en relation? Qu’une infinité d’occasions de se lier à autrui?

Peut-être que les parents qui font subir des mauvais traitements psychologiques à leurs enfants n’ont pas plus (ou mieux) reçus de la part de leurs propres parents. Peut-être qu’ils essaient de faire de leur mieux. Peut-être qu’ils ne connaissent pas grand-chose sur le développement, les besoins d’un enfant. Peut-être qu’ils sont si envahis par leurs propres problèmes qu’ils n’arrivent pas à être adéquats envers leurs enfants, qui sont vulnérables et surtout, dépendants. Et peut-être qu’ils ne voient même pas ce qu’ils font, ni les répercussions que ça aura. Peut-être qu’ils sont en manque de moyens pour faire de la discipline, qu’ils se sentent dépassés, impuissants. Peut-être que c’est angoissant, que de mettre des enfants au monde. Et de ne pas avoir le contrôle total sur ce qu’ils sont, ce qu’ils font, ce qu’ils pensent, ce qu’ils disent. Et peut-être aussi que ces parents se sentent tous petits à côté de leurs enfants, qui réussissent certaines choses qu’ils n’ont eux-mêmes jamais osées rêver accomplir. Et peut-être que toutes ces hypothèses expliquent le comportement des parents. Mais elles ne l’excusent en rien.

L’enfant a besoin d’être enfant, pour pouvoir ensuite se sentir prêt à être adolescent, puis adulte. L’enfant a besoin et surtout, a le droit de pouvoir être vulnérable et dépendant, et ce, auprès de parents qui n’en abuseront pas et qui lui assureront sécurité et harmonie dans son développement.

-Stéphanie Deslauriers

Si vous êtes témoins d’une situation de mauvais traitements,  il est en votre devoir de citoyen de la signaler à la DPJ. Les coordonnées se retrouvent dans la section « Références ».

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