La multiethnicité dans notre milieu de pratique

Le programme de psychoéducation ne nous ne prépare pas, en tant que futurs professionnels, à intervenir auprès d’une clientèle multiethnique. Il faut donc apprendre à composer, sur le terrain, à interagir avec une maman russe qui a appris à ne pas voir que son enfant a des difficultés, puisque dans son pays d’origine, les enfants dits « anormaux » sont retirés de leur famille pour être placés dans un centre spécialisé. Il faut aussi apprendre à expliquer à cette maman philippine que ce n’est pas parce que son enfant est agressif sur la cour d’école et qu’il a besoin d’aide à cet effet que nous considérons qu’il a des troubles psychiatriques.

Notre charmante psychoéducatrice de l’entrevue publiée le 1e octobre nous explique ici quelle est sa réalité en milieu scolaire, en contexte multiethnique.

En milieu scolaire (milieu multiethnique), quelles sont les obstacles rencontrés, en ce qui a trait à la clientèle?

Que ce soit un milieu multiethnique ou non, il y a parfois de la résistance de la part du parent vis-à-vis du changement de son enfant. Il n’est pas toujours facile pour un parent de reconnaître que son enfant a un problème, qu’il a besoin d’aide et surtout, qu’il doive se remettre en question dans son rôle parental.

En termes de langue aussi, ça peut représenter un obstacle. Certains parents parlent un anglais approximatif, d’autres ont recours à un interprète, mais cela peut compliquer la communication, entre autres parce que tu ne peux pas téléphoner à ce parent et lui parler directement.

Aussi, il y a des différences culturelles liées à la place de la femme, des enfants et du garçon dans la famille, qui viennent interférer dans nos interventions.

Il y a aussi la façon d’élever son enfant qui diffère d’un pays à l’autre. Par exemple, au Québec, les lois interdisent de frapper son enfant alors que dans beaucoup d’autres pays, cette pratique est courante, tolérée, parfois encouragée.

Qu’est-ce que tu trouves enrichissant de ta pratique dans un contexte d’intervention multiethnique?

Je dirais que c’est de développer des stratégies pour atteindre ces familles, ces enfants. Dans un tel contexte où la barrière de la langue est très présente, l’intervention passe moins par les mots que par l’attitude, soit le respect, l’empathie, je crois.

Le travail en équipe aussi est un facteur enrichissant. Les autres professionnels de l’école, les éducateurs spécialisés, les directions d’école, les enseignants…autant de possibilité d’enrichir notre pratique.

Quelles sont les difficultés que tu perçois chez ces familles, pour la plupart nouvellement immigrées au Québec?

Je vois beaucoup d’isolement chez ces familles et bien souvent, ils n’ont personne pour leur expliquer le fonctionnement du système québécois, ce qui peut faire qu’ils se sentent seuls, qu’ils peuvent se sentir attaqués par les intervenants qui vont tenter de le leur expliquer. Par exemple, dans les pays de l’Est, les enfants différents, dits « anormaux », sont très stigmatisés ainsi que leur famille. Donc, plusieurs enfants arrivent ici avec de grosses problématiques que les parents n’ont pas vues auparavant, de peur d’être séparés de leur enfant, qui pourrait leur être enlevé pour se retrouver dans un centre pour enfants inadaptés. Or, ici, c’est différent, sauf qu’ils ne le savent pas nécessairement. Il faut donc leur expliquer qu’on n’enlèvera pas leur enfant, mais qu’on va les aider, les intégrer dans notre milieu et surtout, les aiguiller vers les ressources pertinentes pour leur enfant.

L’isolement se retrouve aussi dans leur vie de tous les jours; leur famille est loin et ils reçoivent peu de soutien dans leurs difficultés et cela ne leur permet pas toujours d’être disponible à leurs enfants.

Perçois-tu que les enfants ont une certaine capacité d’introspection vis-à-vis de leurs difficultés?

Je trouve qu’il est souvent plus facile de faire prendre conscience de leurs difficultés aux enfants plus jeunes. Une fois en 5e et 6e année, il semble plus difficile pour les enfants de se remettre en question.

Quelle est la réalité d’un psychoéducateur en milieu scolaire en termes de soutien de la part des collègues?

Nous pouvons demander des conseils sur le réseau internet de la CSMB (commission scolaire Marguerite Bourgeoys). Les psychoéducateurs se posent fréquemment des questions sur le réseau et s’appliquent beaucoup à y répondre. De plus, nous avons une répondante qui est très disponible pour nous aider et répondre à nos questions. Nous avons des réunions de services tous les mois, où nous abordons toutes sortes de sujets. Des formations nous sont offertes, que ce soit lors de nos rencontres où bien à l’extérieur. Malgré le fait que je sois seule dans mon école, dans mon bureau, je ne me sens pas seule du tout. Il y a toujours quelqu’un que je peux joindre à l’intérieur d’une heure. De toutes manières, jusqu’à maintenant, je n’ai vécu aucune situation urgente qui méritait que je doive parler à quelqu’un dans la minute. Mais si cela arrivait, ça serait étonnant que je ne puisse joindre qui que ce soit.

Comment se déroule le contact avec les enseignants?

Globalement, les enseignants font de la place pour l’intervention du psychoéducateur. Ils savent que nous allons améliorer leur quotidien en aidant l’enfant et que nous sommes là aussi pour les soutenir.

Est-ce que tu considères que les enseignants saisissent bien ce qu’est la psychoéducation?

Je dirais plutôt oui, dans l’école où je travaille; les enseignants connaissaient bien notre travail. Mais puisque je suis à la même école depuis 5 ans, ma réalité c’est qu’ils connaissent bien mon rôle.

Perçois-tu du soutien de la part de la direction?

Beaucoup! Je travaille avec la même direction  depuis plusieurs années et son implication auprès des enfants est une priorité.

…La suite et fin de cette aventure « entrevuologique » (je viens tout juste d’inventer le mot!) reste à venir…

-Stéphanie Deslauriers

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